Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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La Symphonie pastorale : ressources en ligne

 

     Le point de départ aurait été la lecture du Grillon du foyer de Dickens, racontant le mensonge d’un père entretenant sa fille aveugle dans l’illusion qu’ils sont riches. À cette question de l’aveuglement consenti, et de l’envie d’ouvrir les yeux à ses victimes, allait s’ajouter un second problème, dans la mesure où, pour Gide, la question du bonheur n’était pas seulement liée à celle de la lucidité, mais dépendait aussi de la morale et de la religion dans laquelle il avait été habitué à l’entendre formuler. Dans ses mémoires, il raconte comment, rebuté par les dogmes étouffants du catholicisme comme du protestantisme, il avait privilégié un contact direct avec les textes sacrés, liant l’épanouissement du sentiment religieux et du sentiment amoureux (SV, 222).

    À cette ancienne question de l’aveuglement spirituel s’ajoutent d’autres éléments plus anecdotiques qui vont permettre au problème théorique de se transformer en matière narrative. Par exemple, Gide projetait d’écrire l’histoire d’un pasteur et de sa vie familiale étouffante. D’autre part, dans ses mémoires qu’il venait d’écrire, il racontait la naissance de son amour pour sa cousine dans des termes qu’il allait reprendre pour les prêter à son pasteur.

     Depuis 1893, Gide avait eu connaissance d’histoires d’aveugles selon divers témoignages : Dickens déjà s’appuyait sur l’histoire de Laura Bridgman ; en 1898 s’était répandue l’histoire d’Helen Keller, autre aveugle sourde-muette qui avait réussi à être éduquée. Ces éléments pris à la réalité ne fournirent pas seulement à Gide des détails crédibles, mais aussi une part du problème posé par son roman ; on y assiste en effet, centrée sur le pasteur, à la confrontation entre idéalisme et réalisme, entre le désir de s’échapper vers l’abstraction euphorisante de l’Évangile, et l’obligation de tenir compte des données du réel, par exemple de la réalité physique de Gertrude, femme à la fois désirable et désirante.

    En février 1918, Gide se met enfin au travail avec un sentiment d’urgence, parce que ce projet très ancien coïncide pour lui avec un double sentiment de renouveau : sur le plan collectif, il s’agit de la fin de la guerre qui laisse entrevoir une ère nouvelle ; sur le plan individuel, c’est son amour pour Marc Allégret qui, depuis un an, l’a régénéré, tout en lui imposant une responsabilité nouvelle. L’enthousiasme du pasteur, son désir de vivre sans contraintes, ses soucis d’éducateur, ce sont aussi les siens.

     Ce sentiment d’urgence se trouve accentué par le désir de terminer son livre avant son départ pour l’Angleterre en compagnie de Marc. Mais ce n’est qu’à son retour qu’il pourra écrire la seconde partie de ce qui s’appelle désormais La Symphonie pastorale, montrant bien le glissement qui s’est opéré de l’aveugle au pasteur, Gertrude devenant la victime d’un drame dont le principal responsable est le pasteur.

Pierre Masson

 

Bibliographie raisonnée

Éditions

La Symphonie pastorale, éd. Pierre Masson, in Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, vol. II, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2009 (texte p. 1-56, notice, note sur le texte, notes p. 1141-1162).

Études critiques

Dambre Marc, « La Symphonie pastorale » d’André Gide, Paris, Gallimard, coll. Foliothèque, 1991.

Maillet Henri, « La Symphonie pastorale » d’André Gide, Paris, Hachette, 1975.

Martin Claude, André Gide, « La Symphonie pastorale », Paris, Lettres modernes, 1970.

 

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Si le grain ne meurt : ressources en ligne

     Publié seulement en 1926 sous sa forme complète et définitive, Si le grain ne meurt est une œuvre dont le projet remonte à la toute fin des années 1890. Plus encore que d’autres livres de Gide, ses mémoires sont donc le fruit d’un processus de maturation particulièrement long. Il a en effet fallu différents événements et plusieurs changements de perspective pour que Gide livre enfin au grand public le récit des vingt-cinq premières années de sa vie, en incluant le récit de son voyage en Algérie, ce qui impliquait de révéler publiquement son homosexualité.

     La première partie de ce récit autobiographique est centrée sur l’enfance et l’adolescence. Elle est dominée par deux événements, la révélation de l’amour voué à Madeleine, sa cousine et future épouse, et la formation de sa vocation littéraire. Conçue pour l’essentiel en 1916, en pleine crise morale et spirituelle, cette partie trouve son unité et sa raison d’être dans l’idée de rédemption. Désireux de faire œuvre de macération, Gide s’attache à y mettre en lumière le rôle rédempteur joué dans sa vie par « l’angélique intervention » de sa cousine et par la découverte de sa vocation esthétique.

     La deuxième partie raconte pour sa part le rôle décisif du voyage en Algérie en 1893-1894. Si le projet de raconter ses premières expériences homosexuelles remonte lui-même à 1910, à un moment où, écrivant Corydon, il entend faire de ses mémoires l’illustration personnelle de son traité, il aura fallu la liaison avec Marc Allégret et l’autodafé de Madeleine (qui brûle en 1918 les lettres envoyées par Gide, après avoir découvert cette liaison), pour que Gide s’estime désormais libre de révéler publiquement son homosexualité, autrement dit « de publier durant sa vie et Corydon et les Mémoires » (Journal). Autant qu’un récit, cette deuxième partie est un manifeste en faveur du droit de chacun à « vivre selon [sa] nature », en même temps qu’une charge violente contre un puritanisme jugé aliénant. Gide s’attache donc à y raconter la conversion éthique qui le conduit à rejeter l’idéalisme au profit de la disponibilité et d’une forme d’hédonisme célébrés auparavant dans Les Nourritures terrestres. Il s’attache aussi à y proposer une vision positive de l’homosexualité, alors scandaleuse et considérée comme une maladie.

     Ainsi découpé en deux parties distinctes, rédigées dans des optiques bien différentes, voire opposées, ce récit autobiographique pourrait sembler manquer d’unité. En réalité, ces deux parties se complètent et se répondent bien plus qu’elles ne s’opposent. À l’orient constitué par l’amour platonique pour Madeleine et une dévotion mallarméenne à l’art, répond un autre orient, celui de l’Algérie et de l’épanouissement du corps et de l’être tout entier. Aux quatre premiers chapitres de la première partie, essentiellement sombres, ne s’opposent plus seulement les suivants, éclairés par la figure idéalisée de Madeleine, mais encore le souvenir lumineux des expériences homosexuelles en Algérie. Dans un récit autobiographique qui ne couvre que sa jeunesse (de sa naissance en 1869 à ses fiançailles en 1895), Gide a ainsi réussi à exprimer toute la vérité d’une vie, en se peignant comme « un être d’inconséquence » ou un « être de dialogue », comme il se plaisait à se définir.  

Jean-Michel Wittmann

 

Bibliographie raisonnée

Éditions 

Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, coll. folio n° 875, 1972.

Si le grain ne meurt, in Souvenirs et Voyages, éd. Pierre Masson, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2001, p. 79-330.

Études critiques

Lejeune Philippe, Exercices d’ambiguïté : lectures de « Si le grain ne meurt » d’André Gide, Lettres Modernes, coll. Langues et styles, 1974.

Lejeune Philippe, Le Pacte autobiographique [sur le récit autobiographique de Gide, voir les p. 165-196], Paris, Seuil, rééd. augmentée, coll. Points, 1996.

Martin Claude (éd.), André Gide 9. Regards intertextuels, Paris, Lettres Modernes, 1991 [dans la seconde partie, intitulée « Corydon, Si le grain ne meurt, Les Faux-Monnayeurs : regards intertextuels », p. 27-117, voir les articles de Catharine Savage Brosman, Alain Goulet et Christian Angelet].

Masson Pierre et Claude Jean (éds.), André Gide et l’écriture de soi, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2002 [les articles de Christine Ligier, Sidonie Rivalin-Padiou, Catharine Savage-Brosman et Pierre Masson qui constituent la troisième partie, intitulée « Écriture de soi et autobiographie », p. 179-257, portent en totalité ou dans leur majeure partie sur Si le grain ne meurt].

Tolton C.D.E., André Gide and the Art of Autobiography. A Study of "Si le grain ne meurt”, Toronto, Mac Millan, 1975.

Wittmann Jean-Michel, « Si le grain ne meurt » d’André Gide, Paris, Gallimard, coll. Foliothèque, 2005.

Articles critiques

Goulet Alain, « La construction du moi par l’autobiographie : Si le grain ne meurt d’André Gide », Texte (Toronto), n° 1, 1982, p. 51-69.

Lejeune Philippe, « Gide et l’autobiographie », André Gide 4, Paris : Lettres Modernes, 1974, p. 31-69.

Ligier Christine, « Ce petit trait qui peint tout l’homme. Essai d’interprétation du chapitre IX de Si le grain ne meurt », Bulletin des Amis d’André Gide, n°s 122-123, avril-juillet 1999, p. 175-203.

Ligier Christine, « Discours de l’autre et discours du moi : l’ironie gidienne dans Si le grain ne meurt et Corydon », in Alain Goulet et Pierre Masson (éds.), André Gide 10. L’Écriture d’André Gide 1 : genèses et spécificités, p. 257-265.

Masson Pierre, « Les dragons de papier », Littératures contemporaines, Klincksieck, 2000.

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Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.