Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Centre d’études gidiennes Bureau 49, bâtiment A UFR Arts, lettres et langues Université de Lorraine Île du Saulcy F-57045 Metz cedex 01

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Stephanie Bertrand Jean-Michel Wittmann
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L'Agenda Gide

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Entretien à trois voix à la recherche de nouvelles réponses

présenté par Martina Della Casa et Paola Codazzi

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Le Groupe de recherche "Gide Remix" de l'Université de Haute-Alsace est de retour avec un deuxième cycle de conferérences/performances consacré à la pensée et à l'œuvre de l'écrivain. Un programme éclectique, qui invite à (re)découvrir Gide sous un autre jour. 

Axé l’année dernière sur les liens entre Gide et la botanique, la bande dessinée, le théâtre, la musique, la photographie… et permettant l'exploration de ces différents univers, le cycle 2019-2020 compte renouer avec la prose gidienne dans toutes ses formes.

À vos agendas  !

Premier rendez-vous : 18 novembre 2019 - Société d'études françaises de Bâle (Université de Bâle, 18h15).

 

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Le 24 mai 2019 a eu lieu la sixième (et dernière) rencontre du cycle de conférences / performances « Gide Remix ». Organisée en collaboration avec la Mairie de Mulhouse, la soirée s’est déroulée dans le magnifique cadre offert par la chapelle Saint-Jean, bâtiment historique datant du XIIIe siècle. Parmi les statues en marbre et les fresques anciennes, la scène a été pensée dans les moindres détails, en fonction d’un espace qu’il fallait faire vivre, vibrer au son de plusieurs voix.
 
 

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« Je sens que j’aurais eu des moyens quant à la voix et aux intonations », note André Gide dans son Journal en 1942, exprimant un nostalgique regret à l’égard d’une possible carrière d’acteur. Illusion, peut-être. Mais une illusion qui devient bien réelle grâce au travail de Paola Fossa (Université de Haute-Alsace), Sara Sorrentino – une jeune actrice de Gênes (Italie) – et Delfina Parodi (violoncelliste). L’ambition de leur projet n’est pas de revenir sur les rapports de l’écrivain avec le théâtre, qui ont déjà fait l’objet de plusieurs articles et réflexions critiques, sans oublier le colloque organisé par Vincenzo Mazza en 2017 à Paris. L’idée est plutôt de porter Gide au théâtre, à partir d’une réflexion autour de la notion, centrale, de dialogue : dialogue entre les différents mouvements d’écriture, entre les langues, ainsi qu’entre les mots et les notes. L’original français – lu par Sarah Rossa – et sa traduction italienne se font alors écho ; la parole et la musique se répondent, transportant le spectateur dans un univers poétique, enchanteur, où le temps semble suspendu. La vieille horloge à droite de la scène est là pour confirmer cette sensation...

 

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C’est pendant ses deux premiers voyages en Italie que Gide rédige Les Nourritures terrestres, où convergent des éléments tirés de son journal de voyage et de ses lettres. L’œuvre est ici restituée au contexte dans lequel elle a mûri grâce au travail de Gianni d’Elia, lui-même poète et écrivain (Nutrimenti terrestri, 1994). Paola Fossa a longuement expliqué les raisons ayant motivé le choix de cette traduction lors du débat qui a suivi la performance. Ce moment d’échange, animé par Clara Debard (Université de Lorraine) – à laquelle on doit, entre autres, l’édition commentée de l’Œdipe de Gide – a été particulièrement intéressant. Il a, en effet, permis de regarder derrière le rideau, dans les coulisses du spectacle, dont la construction a demandé plusieurs mois. Le mot de  construction s’avère particulièrement approprié pour décrire le travail accompli par Paola Fossa et Sara Sorrentino, qui ont coupé le texte original par étapes successives. Pas de réécriture, mais une reprise fidèle d’extraits des Nourritures terrestres : les séquences où le regard du narrateur est tourné vers l’extérieur ont été privilégiées, dans le but d’attirer l’attention du public sur la progression du récit. Délaisser les livres – symboliquement jetés par terre au cours de la représentation – pour s’aventurer à la découverte de la variété du monde, avec désir, ferveur, joie et volupté : c’est ce message libérateur que la mise en voix proposée a réussi à restituer splendidement.


Mise en voix à laquelle la musique participe pleinement à son tour. Avec son timbre chaud, le violoncelle – loin d’être un pur élément d’accompagnement – dit ce qui n’est pas écrit. Delfina Parodi a choisi librement les morceaux à jouer, après avoir lu le texte de Gide. Elle a privilégié des compositeurs modernes dans le but de mettre en avant l’actualité, et l’originalité, de la mise en scène. « Le premier morceau est de Benjamin Britten » – explique-t-elle – « et par la reprise d’une même cellule musicale, le son du violoncelle se rapproche de très près de la voix humaine. C’est cette similarité qui m’intéressait tout particulièrement ». Au programme, il y a aussi un morceau de Bach, qui se veut comme un hommage aux goûts de l’écrivain. Gide le mentionne dans « Les personnalités dont s’est formée la mienne », une liste de diz-neuf noms insérée dans le Journal en 1894. 

 

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Ti parlerò di tutto / Je te parlerai de tout : c’est bien la présence de Gide lui-même qui demeure ici essentielle. Comment l’écrivain Prix Nobel de Littérature 1947 parvient-il encore à nous parler ? Tout en gardant son accent particulier, sa voix se métamorphose, se multiplie, se diffuse, enveloppant le spectateur. On ne peut pas s’empêcher de se mettre dans la peau de Nathanaël, ce qui nous immerge dans l’esprit du livre et rend la lecture émouvante. Plus que d’une lecture, il s’agit cependant d’une relecture : on reconnaît le texte des Nourritures et en même temps, on a le sentiment d’écouter quelque chose de différent. Alors que le narrateur suggère à son jeune disciple de « jeter [son] livre », à la fin du spectacle, on a plutôt envie de reprendre l’œuvre de Gide en main, pour en saisir à nouveau toutes les nuances. L’écoute appelle donc à la reprise réflexive, ou encore à la (re)découverte. Cette représentation nous rappelle que Les Nourritures terrestres n’ont rien perdu de leur force et de leur intensité.

  

 Paola Codazzi

 

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Gide & le théâtre

présénté par Paola Fossa

Lieu : Chapelle Saint-Jean, Mulhouse | 19h

 

Affiche Gide Remix Theatre

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Le 30 avril 2019 a eu lieu la cinquième rencontre du cycle de conférences / performances « Gide Remix », organisé par l’Université de Haute-Alsace. La soirée s’est déroulée dans les serres de la Pépinière municipale, exceptionnellement ouvertes au public. L’entretien, animée par Martina Della Casa, a été suivi par une promenade ponctuée de lectures. 

Un compte-rendu de la soirée est disponible sur le site de la Fondation Catherine Gide (ici). 

Pour prolonger la réflexion...

BASTIDE, Roger, « André Gide jardinier », in Anatomie d’André Gide [1972], Paris, L’Harmattan, 2006, p. 25-37.
 
KRZYWKOWSKI, Isabelle, « La source et le marécage : le jardin dans les récits d’André Gide », Université Grenoble Alpes, La Réserve – Archives des articles en libre accès

MASSON, Pierre, « Production – reproduction : l’intertextualité comme principe créateur dans l’œuvre d’André Gide », in Raimund Thies et Hans T. Siepe (éds), Le Plaisir de l’intertexte, Actes du colloque de l’Université de Duisburg, Frankfurt am Main, Peter Lang, 1986, p. 209-226.

MASSON, Pierre, « Les trois grains d’André Gide », Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 131-132, octobre 2001, p. 407-419.

MASSON, Pierre, « L’arbre jusqu’aux racines ou la Querelle du peuplier », Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 145, janvier 2005, p. 23-28.

MICHEL, Eugène, « “Un arbre qui marche...” : approche de la botanique chez Goethe et Gide », Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 126-127, avril 2000, p. 325-329.

MOUTOTE, Daniel, Les Images végétales dans l’œuvre d’André Gide, Paris, Presses Universitaires de France, 1970.

REID, Victoria, « Scientific Curiosity », in André Gide and Curiosity, Amsterdam & New York, Rodopi, 2009, p. 143 et sq.

TILBY, Michael, « Gide et le désordre du récit : fiction et botanique dans Isabelle », Bulletin des Amis d'André Gide, numéro 131-132, juillet-octobre 2001, p. 523-549.

 WITTMANN, Jean-Michel « À l’ombre du platane de Taine », in Gide politique. Essai sur Les Faux-monnayeurs, Paris, Classiques Garnier, 2009, p. 87-118.

À feuilleter...

Les Jardins d’André Gide, texte de Mic CHAMBLAS-PLOTON, photographies de Jean-Baptiste LEROUX, avec une préface de Claude MARTIN, Paris, Éditions du Chêne, 1998.

 

Lectures 

Les Caves du Vatican (1914) 

  Mme Amédée Fleurissoire, née Péterat, sœur cadette de Véronique Armand-Dubois et de Marguerite de Baraglioul, répondait au nom baroque d’Arnica. Philibert Péterat, botaniste assez célèbre, sous le Second Empire, par ses malheurs conjugaux, avait, dès sa jeunesse, promis des noms de fleurs aux enfants qu’il pourrait avoir. Certains amis trouvèrent un peu particulier le nom de Véronique dont il baptisa le premier ; mais lorsqu’au nom de Marguerite, il entendit insinuer qu’il en rabattait, cédait à l’opinion, rejoignait le banal, il résolut, brusquement rebiffé, de gratifier son troisième produit d’un nom si délibérément botanique qu’il fermerait le bec à tous les médisants.  

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  Peu après la naissance d’Arnica, Philibert, dont le caractère s’était aigri, se sépara d’avec sa femme, quitta la capitale et s’alla fixer à Pau. L’épouse s’attardait à Paris l’hiver, mais aux premiers beaux jours regagnait Tarbes, sa ville natale, où elle recevait ses deux aînées dans une vieille maison de famille. Véronique et Marguerite mi-partissaient l’année entre Tarbes et Pau. Quant à la petite Arnica, méconsidérée par ses sœurs et par sa mère, un peu niaise, il est vrai, et plus touchante que jolie, elle demeurait, été comme hiver, près du père.
  La plus grande joie de l’enfant était d’aller herboriser avec son père dans la campagne ; mais souvent le maniaque, cédant à son humeur chagrine, la plantait là, partait tout seul pour une énorme randonnée, rentrait fourbu, et sitôt après le repas, se fourrait au lit sans faire à sa fille l’aumône d’un sourire ou d’un mot. Il jouait de la flûte à ses heures de poésie, rabâchant insatiablement les mêmes airs. Le reste du temps il dessinait de minutieux portraits de fleurs.
  Une vieille bonne, surnommée Réséda, qui s’occupait de la cuisine et du ménage, avait la garde de l’enfant ; elle lui enseigna le peu qu’elle connaissait elle-même. À ce régime, Arnica savait à peine lire à dix ans. Le respect humain avertit enfin Philibert : Arnica entra en pension chez Mme Veuve Semène qui inculquait des rudiments à une douzaine de fillettes et à quelques très jeunes garçons.
  Arnica Péterat, sans défiance et sans défense, n’avait jamais imaginé jusqu’à ce jour que son nom pût porter à rire. Elle eut, le jour de son entrée dans la pension, la brusque révélation de son ridicule ; le flot de moqueries la courba comme une algue lente ; elle rougit, pâlit, pleura ; et Mme Semène, en punissant d’un coup toute la classe pour tenue indécente, eut l’art maladroit de charger aussitôt d’animosité un esclaffement d’abord sans malveillance. 
  Longue, flasque, anémique, hébétée, Arnica restait les bras ballants au milieu de la petite classe, et quand Mme Semène indiqua : « Sur le troisième banc de gauche, mademoiselle Péterat », la classe repartit de plus belle en dépit des admonestations.
  Pauvre Arnica ! la vie n’apparaissait déjà plus devant elle que comme une morne avenue bordée de quolibets et d’avanies.

 

Les Nourritures terrestres (1897) 

  Nathanaël, je te raconterai les plus beaux jardins que j’ai vus :
 À Florence, on vendait des roses : certains jours la ville tout entière embaumait. Je me promenais chaque soir aux Cascines et le dimanche aux jardins Boboli sans fleur.

 

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Détail de la fontaine de Narcisse dans le parc des Cascines à Florence 
(© Les Jardins d’André Gide)


  À Séville, il y a, près de la Giralda, une ancienne cour de mosquée ; des orangers y poussent par places, symétriques ; le reste de la cour est dallé ; les jours de grand soleil, on n’y a qu’une petite ombre restreinte ; c’est une cour carrée, entourée de murs ; elle est d’une grande beauté ; je ne sais pas t’expliquer pourquoi.
  Hors de la ville, dans un énorme jardin clos de grilles, croissent beaucoup d’arbres des pays chauds ; je n’y suis pas entré, mais, à travers les grilles, j’ai regardé ; j’ai vu courir des pintades et j’ai pensé qu’il y avait là beaucoup d’animaux apprivoisés.
  Que te dirais-je de l’Alcazar ? jardin semblant de merveille persane ; je crois, en t’en parlant, que je le préfère à tous les autres. J’y pense, en relisant Hafiz :


                  Apportez-moi du vin
                  Que je tache ma robe,
                  Car je chancelle d’amour
                  Et l’on m’appelle sage.

  Des jeux d’eaux sont préparés dans les allées ; les allées sont dallées de marbre, bordées de myrtes et de cyprès. Des deux côtés sont des bassins de marbre, où les amantes du roi se lavaient. On n’y voit d’autres fleurs que des roses, des narcisses et des fleurs de laurier. Au fond du jardin, il y a un arbre gigantesque, où l’on se figure un bulbul épinglé. [...]
  À Grenade, les terrasses du Généraliffe, plantées de lauriers-roses, n’étaient pas fleuries lorsque je les vis ; ni le Campo Santo de Pise ; ni le petit cloître de Saint-Marc, que j’aurais souhaité plein de roses. Mais à Rome, le Monte Pincio, je l’ai vu dans la plus belle saison. Durant les après-midi accablantes, on y venait chercher de la fraîcheur. Demeurant auprès, je m’y promenais chaque jour. J’étais malade et ne pouvais penser à rien ; la nature me pénétrait ; aidé par un trouble des nerfs, je ne sentais parfois plus à mon corps de limites ; il se continuait plus loin ; ou parfois, voluptueusement, devenait poreux comme un sucre ; je fondais. [...] Ô terrasses ! Terrasses, d’où l’espace s’est élancé. Ô navigation aérienne !…
  J’aurais voulu, la nuit, rôder dans les jardins Farnèse ; mais on n’y laisse pas pénétrer. Admirable végétation sur ces ruines dissimulées. 
  À Naples, il y a des jardins bas qui suivent la mer comme un quai et laissent entrer le soleil ;
  à Nîmes, la Fontaine, pleine d’eaux claires canalisées ;
  à Montpellier, le jardin botanique. Je me souviens qu’avec Ambroise, un soir, comme aux jardins d’Académus, nous nous assîmes sur une tombe ancienne, qui y est tout entourée de cyprès ; et nous causions lentement en mâchant des pétales de roses. [...]
  À Tunis, il n’y a pas d’autre jardin que le cimetière. À Alger, au jardin d’Essai (des palmiers de toute espèce), j’ai mangé des fruits que je n’avais auparavant jamais vus. Et de Blidah ! Nathanaël, que te dirai-je ?
  Ah ! douce est l’herbe du Sahel ; et tes fleurs d’orangers ! et tes ombres ! suaves les odeurs de tes jardins. Blidah ! Blidah ! petite rose ! au début de l’hiver, je t’avais méconnue. Ton bois sacré n’avait de feuilles que celles qu’un printemps ne renouvelle pas ; et tes glycines et tes lianes semblaient des sarments pour la flamme. La neige descendue des montagnes t’approchait ; je ne pouvais me réchauffer dans ma chambre, et moins encore dans tes jardins pluvieux. [...]
  Blidah ! Blidah ! fleur du Sahel ! petite rose ! Je t’ai vue tiède et parfumée, pleine de feuilles et de fleurs. La neige de l’hiver avait fui. Dans ton jardin sacré luisait mystiquement ta mosquée blanche et la liane ployait sous les fleurs. Un olivier disparaissait sous les guirlandes qu’une glycine lui faisait. L’air suave apportait le parfum qui s’élevait des fleurs d’orangers et même des mandariniers grêles embaumaient. Du plus haut de leurs hautes branches, les eucalyptus délivrés laissaient tomber leur vieille écorce ; elle pendait, protection usée, comme un habit que le soleil rend inutile, comme ma vieille morale qui ne valait que pour l’hiver.

 

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(© Les Jardins d’André Gide)

 

 

  Jardins de Biskra.

 Le temps gris d’aujourd’hui ; mimosas parfumés. Tiédeur mouillée. Des gouttes épaisses ou larges, flottantes, et comme en formation dans l’air… Elles s’arrêtent aux feuilles, les chargent, puis tombent brusquement.
  ...Je me souviens d’une pluie d’été ; – mais était-ce encore de la pluie ? – ces gouttes tièdes qui tombèrent, si larges et pesantes, sur ce jardin de palmes et de jour vert et rose, si lourdes que des feuilles et des fleurs et des branches roulèrent comme un don amoureux de guirlandes défaites à foison sur les eaux. Les ruisseaux entraînaient les pollens pour des fécondations lointaines ; leurs eaux étaient troubles et jaunes. Dans les bassins les poissons se pâmaient. On entendait au ras de l’eau l’éclosion de la bouche des carpes.
  Avant la pluie, le vent du midi qui râlait avait enfoncé dans la terre une très profonde brûlure, et les allées maintenant s’emplissaient de vapeur sous les branches ; les mimosas ployaient, comme abritant les bancs où s’étalait la fête. – C’était un jardin de délices ; et les hommes vêtus de lainages, les femmes en haïks rayés, attendaient que l’humidité les pénétrât. Ils restaient comme auparavant sur les bancs, mais toutes les voix s’étaient tues, et chacun écoutait les gouttes de l’averse, laissant l’eau, passagère au milieu de l’été, alourdir les étoffes et laver les chairs proposées. – La moiteur de l’air, l’importance des feuilles étaient telles que je restais assis sur ce banc auprès d’eux, sans résistance pour l’amour. – Et quand, la pluie passée, les branches seules ruisselèrent, alors chacun ôtant ses souliers, ses sandales, palpa de ses pieds nus cette terre mouillée, dont la mollesse était voluptueuse.

 

L’Immoraliste (1902) 

  Marceline, cependant, qui voyait, avec joie ma santé enfin revenir, commençait depuis quelques jours à me parler des merveilleux vergers de l’oasis. Elle aimait le grand air et la marche. La liberté que lui valait ma maladie lui permettait de longues courses dont elle revenait éblouie ; jusqu’alors elle n’en parlait guère, n’osant m’inciter à l’y suivre et craignant de me voir m’attrister au récit de plaisirs dont je n’aurais pu jouir déjà. Mais, à présent que j’allais mieux, elle comptait sur leur attrait pour achever de me remettre. Le goût que je reprenais à marcher et à regarder m’y portait. Et dès le lendemain nous sortîmes ensemble.
  Elle me précéda dans un chemin bizarre et tel que dans aucun pays je n’en vis jamais de pareil. Entre deux assez hauts murs de terre, il circule comme indolemment ; les formes des jardins que ces hauts murs limitent, l’inclinent à loisir ; il se courbe ou brise sa ligne ; dès l’entrée, un détour nous perd ; on ne sait plus ni d’où l’on vient, ni où l’on va. L’eau fidèle de la rivière suit le sentier, longe un des murs ; les murs sont faits avec la terre même de la route, celle de l’oasis entière, une argile rosâtre ou gris tendre, que l’eau rend un peu plus foncée, que le soleil ardent craquelle et qui durcit à la chaleur, mais qui mollit dès la première averse et forme alors un sol plastique où les pieds nus restent inscrits. – Par-dessus les murs, des palmiers. À notre approche, des tourterelles y volèrent. Marceline me regardait.
  J’oubliais ma fatigue et ma gêne. Je marchais dans une sorte d’extase, d’allégresse silencieuse, d’exaltation des sens et de la chair. À ce moment, des souffles légers s’élevèrent ; toutes les palmes s’agitèrent et nous vîmes les palmiers les plus hauts s’incliner ; – puis l’air entier redevint calme, et j’entendis distinctement, derrière le mur, un chant de flûte. – Une brèche au mur ; nous entrâmes.
  C’était un lieu plein d’ombre et de lumière ; tranquille, et qui semblait comme à l’abri du temps ; plein de silences et de frémissements, bruit léger de l’eau qui s’écoule, abreuve les palmiers, et d’arbre en arbre fuit, appel discret des tourterelles, chant de flûte dont un enfant jouait. Il gardait un troupeau de chèvres ; il était assis, presque nu, sur le tronc d’un palmier abattu ; il ne se troubla pas à notre approche, ne s’enfuit pas, ne cessa qu’un instant de jouer.
  Je m’aperçus, durant ce court silence, qu’une autre flûte au loin répondait. Nous avançâmes encore un peu, puis :
  « Inutile d’aller plus loin, dit Marceline ; ces vergers se ressemblent tous ; à peine, au bout de l’oasis deviennent-ils un peu plus vastes… » Elle étendit le châle à terre :
  « Repose-toi. »
 Combien de temps nous y restâmes ? je ne sais plus ; – qu’importait l’heure ? Marceline était près de moi ; je m’étendis, posai sur ses genoux ma tête. Le chant de flûte coulait encore, cessait par instants, reprenait ; le bruit de l’eau… Par instants une chèvre bêlait. Je fermai les yeux ; je sentis se poser sur mon front la main fraîche de Marceline ; je sentais le soleil ardent doucement tamisé par les palmes ; je ne pensais à rien ; qu’importait la pensée ? je sentais extraordinairement.
  Et par instants, un bruit nouveau ; j’ouvrais les yeux ; c’était le vent léger dans les palmes ; il ne descendait as jusqu’à nous, n’agitait que les palmes hautes…

 

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(© Fondation Catherine Gide)

 

Voyage au Congo (1926)

  Levés avant cinq heures. Thé sommaire. On plie bagages. Sur l’arène, derrière la maison, sont groupés nos porteurs (60 hommes, plus un milicien, un guide indigène, nos deux boys et le cuisinier ; plus encore trois femmes, accompagnant le milicien et le guide). Le chef est venu nous dire adieu. Clair de lune brumeux. Nous partons dans la douteuse clarté d’avant l’aube, précédant le gros de la troupe, avec nos boys, nos tipoyeurs, le guide, le garde, et les porteurs de nos sacs.
  L’interminable forêt met à l’épreuve notre inépuisable patience. [...] Forêt des plus monotones, et très peu exotique d’aspect. Elle ressemblerait à telle forêt italienne, celle d’Albano par exemple, ou de Némi, n’était parfois quelque arbre gigantesque, deux fois plus haut qu’aucun de nos arbres d’Europe, dont la cime s’étale loin au-dessus des autres arbres, qui, près de lui, paraissent réduits en taillis. Les troncs de ces derniers, à demi couverts de mousse, semblent des troncs de chênes-verts, ou de lauriers. Les petites plantes vertes qui bordent la route rappellent nos myrtilles ; d’autres, les « herbes à Circé » ; tout comme, dans le marigot d’avant-hier, des plantes d’eau rappelaient nos épilobes et nos balsamines du Nord. Nos châtaignes ne sont pas moins bizarres, pas moins belles que ces graines dont on ne voit à terre que les cosses velues. Pas de fleurs. [...] À l’extrémité du parcours, le terrain, jusqu’alors parfaitement plan, dévale faiblement jusqu’à une petite rivière peu profonde, ombragée ; l’eau claire coule sur un lit de sable blanc. Nos porteurs se baignent.

 

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Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine,
Dist. RMN-Grand Palais / Marc Allégret

 

 

  

 Paola Codazzi

 

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Gide & la botanique

présénté par Martina Della Casa

Lieu : La Pépinière municipale, Mulhouse | 18h30

 

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Le 2 avril 2019 a eu lieu la quatrième rencontre du cycle de conférences / performances « Gide Remix », organisé par l’Université de Haute-Alsace à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de l’écrivain. La soirée s’est déroulée sur le campus La Fonderie, ancien bâtiment industriel qui accueille aujourd’hui les salles de cours et la bibliothèque de la Faculté des Sciences économiques, sociales et juridiques. C’est justement au niveau de la bibliothèque que le public a eu l’occasion de visiter l’exposition réalisée par un groupe d’élèves de terminale du lycée professionnel privé Joseph Cluny de Mulhouse en collaboration avec les membres du groupe de recherche « Gide Remix ».

 

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 ©PC

Au cours de la soirée, Roseline Liechty – professeure au lycée Cluny et co-présidente du Salon photo de Riedisheim – est revenue sur les origines du projet : une réflexion sur le métier d’écrivain et sur son évolution. Du mois d’octobre au mois de mars, les élèves ont observé en classe une série d’images provenant des archives de la Fondation Catherine Gide, en s’interrogeant sur la manière dont l’auteur montre son visage à la caméra. Ils en ont retenu des constantes, qu’ils ont soit repris, soit remis en cause, en se glissant dans la peau du « contemporain capital ». André Gide hier et aujourd’hui : tel est le fil rouge qui parcourt l’exposition, où l’un des auteurs les plus photographiés en son temps rencontre notre époque (et ses jeunes lecteurs).

Gestes et outils, méthodes et habitudes : ces mots-clés ont servi de guide aux élèves pour repenser le quotidien du travail de Gide. La cigarette est toujours présente, le sourire presque jamais au rendez-vous, car comme le rappelle quelqu’un : « Gide est toujours très sérieux, même quand il travaille avec ses amis ». Or, s’il est vrai que l’écriture représente pour l’auteur un plaisir intime, solitaire, sa pensée s’épanouit dans l’échange, dans le partage, qui représente un moment essentiel de son processus créateur. Suivant cette piste de réflexion, les élèves ont essayé, par l’image, de mettre en valeur la notion de dialogue, qui apparaît pour l’auteur, à la fois comme un mode de vie et une forme de l’esprit. Et cela dans une perspective résolument moderne : le papier  sur lequel l’écriture de Gide court « fine, généreuse, très dessinée » (Peter Schnyder) – est supplanté par l’ordinateur, ou par le portable, capturant le regard du créateur et de ses amis. Le choix des objets a été fait par les élèves, qui se sont laissés guider par un souci d’actualisation, dans le but de créer un effet de contraste. Mais l’expérience du shooting – réalisé dans le studio mis à disposition par L’Aronde de Riedisheim – a montré que les avis étaient plutôt partagés. Un exemple : la tenue vestimentaire. Quelqu’un est arrivé avec un manteau gris, jamais porté en classe, probablement guidé par un souci de mimétisme. Un autre, entré dans la salle en t-shirt sportif et baskets, plusieurs bagues sur le même doigt, répond ainsi à la provocation d’un camarade : « Gide n’aurait jamais pensé que quelqu’un ose faire cela ». 

 

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©Archives Fondation Catherine Gide & Gide remix

Sans intention parodique, mais avec audace, les élèves jouent avec l’image de Gide, la manipulent, la rendent souple. L’exposition se compose sous forme de puzzle : le présent se juxtapose au passé, le portrait à la parole. Des extraits des œuvres de l’écrivain, ou encore des témoignages de ses contemporains accompagnent le spectateur dans la visite : avec un naturel qui était le produit d’un grand art et parallèlement d’une profonde sincérité envers lui-même, il se présente comme un « homme qui s’est donné la peine d’être ce meilleur homme qu’un homme puisse être » (pour reprendre les mots de Maurice Sachs). Si les contours de cette figure restent insaisissables, les différents éléments contribuent à la composition d’une image éclatée, mais parfaitement fidèle et cohérente. Roselyne Liechty, qui a guidé ses élèves tout au long du projet – avec le support constant des membres du groupe de recherche « Gide remix » – a tenu à souligner le difficile travail fait pour harmoniser l’ensemble. Son expérience de photographe l’a amenée à privilégier la création d’une série : les prises de vue en studio forment un tout unitaire, créant un effet intéressant lorsqu’elles se trouvent à côté de photos d’archives qui représentent des intérieurs et des extérieurs. Décider de varier le décor, avec une session en plein air, aurait eu comme seul résultat de compromettre la réussite du projet, qui est loin de se fonder sur la pure imitation. Il s’agit à la fois de pénétrer l’univers des archives, pour en découvrir les trésors cachés, et de les rendre vraiment vivantes, à travers leur réinterprétation.  

 

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Animée par Dominique Massonnaud, membre du groupe « Gide Remix », la soirée a été un véritable moment d’échange, avec une participation active des protagonistes. « Pour moi » – affirme une élève – « Gide réussit vraiment à être unique, à être différent. Son image est celle d’un écrivain hors normes ». Comment ne pas entendre, dans cette phrase, un écho du célèbre « Je ne suis pas pareil aux autres » ? Aucun des élèves impliqués dans le projet ne connaissait Gide avant d’en voir, en classe, l’image. Il n’y a pas lieu de se désespérer, car quelqu’un, parmi le public, avoue timidement avoir pris en bibliothèque l’un de ses livres, pour apprendre à mieux le connaître. L’écrivain avait bien dit qu’il allait gagner son procès en appel...

 

 Paola Codazzi

 

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Gide & la photographie

présénté par Dominique Massonnaud

Lieu : La Fonderie, Mulhouse | 18h30

 

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Le 4 mars 2019 a eu lieu la quatrième rencontre du cycle de conférences / performances « Gide Remix », organisé par le Groupe de recherche éponyme. La soirée s’est déroulée dans la galerie de la Maison Engelmann, lieu incontournable de la ville de Mulhouse, où la littérature (Librairie 47 degrés Nord) côtoie les délices de la table (Engel’s coffee Mamma Mozza). Pour le public venu nombreux, ce moment d’échange a été l’occasion de re-découvrir – littérairement et littéralement – Les Nourritures terrestres d’André Gide. 

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 ©PF

 La faim & ses différentes significations

Dans « L’écrivain comme fantasme », Roland Barthes raconte cette petite anecdote concernant Gide :

Un carnet dans la poche et une phrase dans la tête (tel je voyais Gide circulant de la Russie au Congo, lisant ses classiques et écrivant ses carnets au wagon-restaurant en attendant les plats ; tel je le vis réellement, un jour de 1939, au fond de la brasserie Lutétia, mangeant une poire et lisant un livre).

Contemporains décalés, les deux écrivains ne pourront jamais s’assoir à la même table. Quelques années plus tard, en revanche, René Étiemble – alors âgé de trente-sept ans – a la chance de partager avec Gide un repas au Cataract Hôtel, à Assouan. Dans son journal, en 1946, il note :

Gide mange, et repique au plat, d’un appétit qui me navre à la fois et me comble d’espérance. Avec un pareil estomac, je le vois vivre centenaire et m'en réjouis, mais j’aimerais qu’un homme si sensible à Chopin, à la beauté des corps, à celle du langage, résistât mieux à la laideur de ce menu.

Ces mots d’Étiemble sont particulièrement frappants. Le portrait qu’il dessine – Gide apparaît insatiable, famélique, vorace – ne colle nullement à la description que l’écrivain fait de lui-même quelques années plus tard seulement. Considérons ce passage célèbre d’Ainsi-soit-il ou Les Jeux sont faits, texte posthume de 1952 : 

J’ai fait connaissance d’un mot qui désigne [l’état dont je souffre] ; un très beau mot : anorexie. De an, privatif, et oregomai, désirer. Il signifie : absence d’appétit (« ce qu’il ne faut pas confondre avec le dégoût » [...]). Ce terme n’est guère employé que par des docteurs ; n’importe : j’en ai besoin. Que je souffre d’anorexie, c’est trop dire : le pire c’est que je n’en souffre presque pas ; mais mon inappétence physique et intellectuelle est devenue telle que parfois je ne sais plus bien ce qui me maintient encore en vie sinon l’habitude de vivre.

Pourquoi discuter d’anorexie à l’occasion d’une soirée consacrée à Gide et à la gastronomie ? Peu importe de savoir si l’écrivain mangeait peu ou beaucoup, et donc si Étiemble avait ou n’avait pas raison. C’est la définition du terme anorexie qui est intéressante. Gide distingue en effet deux univers, que les intervenants de cette soirée se proposent de placer au cœur de la réflexion : l’esprit, d’une part, le corps, de l’autre. 

Pour le jeune Gide, les nourritures livresques, voire spirituelles, ont été durablement les seules nourritures. C’est pourquoi, dans son œuvre, l’écriture de la faim est d’abord d’ordre symbolique, ainsi que Stéphanie Bertrand l’a bien montré (lien à l'article). « Malheur à ceux qui n’ont faim précisément pour le plat que le temps nous présente », écrit-il en 1905. Pour ce qui est du deuxième niveau, c’est-à-dire celui du corps, il faut considérer ce que Gide raconte dans son autobiographie à propos de son enfance : « Mes parents avaient donné la veille un dîner ; j’avais bourré mes poches de friandises du dessert ; et, ce matin-là, sur mon banc, je faisais alterner le plaisir avec les pralines » (Si le grain ne meurt, 1924). Le lien entre nourriture et volupté est évident. Sans oublier cet autre passage, où l’auteur décrit l’étouffant milieu littéraire parisien et la portée bouleversante de son premier voyage africain : « Je fus sauvé par gourmandise. » 

Mais la gourmandise est aussi, et surtout, l’attitude de se tourner vers la nourriture par pure envie. On retrouve ici la signification première de la « faim », voire du désir de manger. Pour Gide, celui-ci a (presque) toujours partie liée avec le voyage, surtout dans son œuvre fictionnelle. Le principe est très simple : à la maison, on mange, quand on la quitte, on a faim. Et pour quelqu’un qui hait les familles – d’après le cri célèbre des Nourritures – le fait d’« avoir faim » est quelque chose de positif. Bernard, jeune bâtard des Faux-monnayeurs, s’adresse ainsi à son père : « L’idée de vous devoir quoi que ce soit m’est intolérable et je crois que, si c’était à recommencer, je préférerais mourir de faim plutôt que de m’asseoir à votre table. » Faire le choix de la faim, c’est refuser la certitude, l’immobilisme, et opter pour l’aventure, l’errance... Il faut donc apprendre à « connaître sa faim » – c’est ce qu’affirme Lafcadio (Les Caves du Vatican) – et l’entretenir, sans jamais l’éteindre.

Dans Les Nourritures terrestres, toutes ces différentes déclinaisons de la faim se croisent et se fondent harmonieusement. Il s’agit d’un livre qui est plein de parfums, de saveurs et de couleurs. Mais aussi de désir, d’appétit et de curiosité. En présentant un choix d’extraits significatifs, Augustin Voegele a su révéler la complexité qui caractérise cette œuvre, où le Je goûte les livres pour ensuite les délaisser, et se tourner vers les délices du palais, voire du corps. Par ses commentaires, toujours ponctuels, il a également bien préparé les esprits – et les estomacs – à la suite de la soirée. 

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Augustin Voegele et Paola Codazzi (©PF)

Des mots & des mets

Qui dit gastronomie, dit curiosité, inspiration, et bien sûr, imagination. N’est-ce pas là l’univers propre à toute démarche créative ? C’est le point de vue de Francesco, chef cuisinier du restaurant Mamma Mozza, auquel les membres du groupe de recherche « Gide Remix » ont lancé un défi bien difficile : élaborer un menu unique à partir des aliments cités par Gide dans Les Nourritures terrestres. 

 

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L’expérience de la transformation des produits bruts en véritables plats est vécue dans toute son ampleur, mais sans excès : ce qui reste au centre de la recherche de Francesco est le goût, qui doit être le plus possible authentique. Des cuissons longues et à basse température, donc, et un assaisonnement très léger, pour savourer la fraîcheur des fruits, les protagonistes du livre et du buffet. La culture arabe se mêle à la tradition italienne, ce qui donne lieu à des réinterprétations tout aussi originales que réussies : le café noir bu à Biskra par le narrateur des Nourritures donne au dessert un goût amer tout à fait inattendu ; le kirsch arrose un délicat sorbet au citron ; la grenade accompagne une gelée de concombre... Les échanges se poursuivent, autour d’une tasse de thé aux pétales de roses, ou d’une tisane au gingembre et miel, dans une atmosphère chaleureuse et amicale. La littérature se fait expérience, et invite à la réflexion.

***

C’est un nouveau visage de l’écrivain et de son œuvre que cet événement « Gide Remix », entre les lignes et les tables, nous invite à découvrir. Les Nourritures terrestres nous dévoilent un univers à déguster, avec les cinq sens. Et comme cette soirée le prouve, le plaisir est à partager.

 Paola Codazzi

 

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Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.