Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Stephanie Bertrand Jean-Michel Wittmann
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L'Agenda Gide

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Le 24 mai 2019 a eu lieu la sixième (et dernière) rencontre du cycle de conférences / performances « Gide Remix ». Organisée en collaboration avec la Mairie de Mulhouse, la soirée s’est déroulée dans le magnifique cadre offert par la chapelle Saint-Jean, bâtiment historique datant du XIIIe siècle. Parmi les statues en marbre et les fresques anciennes, la scène a été pensée dans les moindres détails, en fonction d’un espace qu’il fallait faire vivre, vibrer au son de plusieurs voix.
 
 

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« Je sens que j’aurais eu des moyens quant à la voix et aux intonations », note André Gide dans son Journal en 1942, exprimant un nostalgique regret à l’égard d’une possible carrière d’acteur. Illusion, peut-être. Mais une illusion qui devient bien réelle grâce au travail de Paola Fossa (Université de Haute-Alsace), Sara Sorrentino – une jeune actrice de Gênes (Italie) – et Delfina Parodi (violoncelliste). L’ambition de leur projet n’est pas de revenir sur les rapports de l’écrivain avec le théâtre, qui ont déjà fait l’objet de plusieurs articles et réflexions critiques, sans oublier le colloque organisé par Vincenzo Mazza en 2017 à Paris. L’idée est plutôt de porter Gide au théâtre, à partir d’une réflexion autour de la notion, centrale, de dialogue : dialogue entre les différents mouvements d’écriture, entre les langues, ainsi qu’entre les mots et les notes. L’original français – lu par Sarah Rossa – et sa traduction italienne se font alors écho ; la parole et la musique se répondent, transportant le spectateur dans un univers poétique, enchanteur, où le temps semble suspendu. La vieille horloge à droite de la scène est là pour confirmer cette sensation...

 

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C’est pendant ses deux premiers voyages en Italie que Gide rédige Les Nourritures terrestres, où convergent des éléments tirés de son journal de voyage et de ses lettres. L’œuvre est ici restituée au contexte dans lequel elle a mûri grâce au travail de Gianni d’Elia, lui-même poète et écrivain (Nutrimenti terrestri, 1994). Paola Fossa a longuement expliqué les raisons ayant motivé le choix de cette traduction lors du débat qui a suivi la performance. Ce moment d’échange, animé par Clara Debard (Université de Lorraine) – à laquelle on doit, entre autres, l’édition commentée de l’Œdipe de Gide – a été particulièrement intéressant. Il a, en effet, permis de regarder derrière le rideau, dans les coulisses du spectacle, dont la construction a demandé plusieurs mois. Le mot de  construction s’avère particulièrement approprié pour décrire le travail accompli par Paola Fossa et Sara Sorrentino, qui ont coupé le texte original par étapes successives. Pas de réécriture, mais une reprise fidèle d’extraits des Nourritures terrestres : les séquences où le regard du narrateur est tourné vers l’extérieur ont été privilégiées, dans le but d’attirer l’attention du public sur la progression du récit. Délaisser les livres – symboliquement jetés par terre au cours de la représentation – pour s’aventurer à la découverte de la variété du monde, avec désir, ferveur, joie et volupté : c’est ce message libérateur que la mise en voix proposée a réussi à restituer splendidement.


Mise en voix à laquelle la musique participe pleinement à son tour. Avec son timbre chaud, le violoncelle – loin d’être un pur élément d’accompagnement – dit ce qui n’est pas écrit. Delfina Parodi a choisi librement les morceaux à jouer, après avoir lu le texte de Gide. Elle a privilégié des compositeurs modernes dans le but de mettre en avant l’actualité, et l’originalité, de la mise en scène. « Le premier morceau est de Benjamin Britten » – explique-t-elle – « et par la reprise d’une même cellule musicale, le son du violoncelle se rapproche de très près de la voix humaine. C’est cette similarité qui m’intéressait tout particulièrement ». Au programme, il y a aussi un morceau de Bach, qui se veut comme un hommage aux goûts de l’écrivain. Gide le mentionne dans « Les personnalités dont s’est formée la mienne », une liste de diz-neuf noms insérée dans le Journal en 1894. 

 

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Ti parlerò di tutto / Je te parlerai de tout : c’est bien la présence de Gide lui-même qui demeure ici essentielle. Comment l’écrivain Prix Nobel de Littérature 1947 parvient-il encore à nous parler ? Tout en gardant son accent particulier, sa voix se métamorphose, se multiplie, se diffuse, enveloppant le spectateur. On ne peut pas s’empêcher de se mettre dans la peau de Nathanaël, ce qui nous immerge dans l’esprit du livre et rend la lecture émouvante. Plus que d’une lecture, il s’agit cependant d’une relecture : on reconnaît le texte des Nourritures et en même temps, on a le sentiment d’écouter quelque chose de différent. Alors que le narrateur suggère à son jeune disciple de « jeter [son] livre », à la fin du spectacle, on a plutôt envie de reprendre l’œuvre de Gide en main, pour en saisir à nouveau toutes les nuances. L’écoute appelle donc à la reprise réflexive, ou encore à la (re)découverte. Cette représentation nous rappelle que Les Nourritures terrestres n’ont rien perdu de leur force et de leur intensité.

  

 Paola Codazzi

 

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.