Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Vous trouverez en bas de cette page plusieurs ressources critiques en ligne sur cette oeuvre. Elles figurent en couleur.

 

Publié seulement en 1926 sous sa forme complète et définitive, Si le grain ne meurt est une œuvre dont le projet remonte à la toute fin des années 1890. Plus encore que d’autres livres de Gide, ses mémoires sont donc le fruit d’un processus de maturation particulièrement long. Il a en effet fallu différents événements et plusieurs changements de perspective pour que Gide livre enfin au grand public le récit des vingt-cinq premières années de sa vie, en incluant le récit de son voyage en Algérie, ce qui impliquait de révéler publiquement son homosexualité.

La première partie de ce récit autobiographique est centrée sur l’enfance et l’adolescence. Elle est dominée par deux événements, la révélation de l’amour voué à Madeleine, sa cousine et future épouse, et la formation de sa vocation littéraire. Conçue pour l’essentiel en 1916, en pleine crise morale et spirituelle, cette partie trouve son unité et sa raison d’être dans l’idée de rédemption. Désireux de faire œuvre de macération, Gide s’attache à y mettre en lumière le rôle rédempteur joué dans sa vie par « l’angélique intervention » de sa cousine et par la découverte de sa vocation esthétique.

La deuxième partie raconte pour sa part le rôle décisif du voyage en Algérie en 1893-1894. Si le projet de raconter ses premières expériences homosexuelles remonte lui-même à 1910, à un moment où, écrivant Corydon, il entend faire de ses mémoires l’illustration personnelle de son traité, il aura fallu la liaison avec Marc Allégret et l’autodafé de Madeleine (qui brûle en 1918 les lettres envoyées par Gide, après avoir découvert cette liaison), pour que Gide s’estime désormais libre de révéler publiquement son homosexualité, autrement dit « de publier durant sa vie et Corydon et les Mémoires » (Journal). Autant qu’un récit, cette deuxième partie est un manifeste en faveur du droit de chacun à « vivre selon [sa] nature », en même temps qu’une charge violente contre un puritanisme jugé aliénant. Gide s’attache donc à y raconter la conversion éthique qui le conduit à rejeter l’idéalisme au profit de la disponibilité et d’une forme d’hédonisme célébrés auparavant dans Les Nourritures terrestres. Il s’attache aussi à y proposer une vision positive de l’homosexualité, alors scandaleuse et considérée comme une maladie.

Ainsi découpé en deux parties distinctes, rédigées dans des optiques bien différentes, voire opposées, ce récit autobiographique pourrait sembler manquer d’unité. En réalité, ces deux parties se complètent et se répondent bien plus qu’elles ne s’opposent. À l’orient constitué par l’amour platonique pour Madeleine et une dévotion mallarméenne à l’art, répond un autre orient, celui de l’Algérie et de l’épanouissement du corps et de l’être tout entier. Aux quatre premiers chapitres de la première partie, essentiellement sombres, ne s’opposent plus seulement les suivants, éclairés par la figure idéalisée de Madeleine, mais encore le souvenir lumineux des expériences homosexuelles en Algérie. Dans un récit autobiographique qui ne couvre que sa jeunesse (de sa naissance en 1869 à ses fiançailles en 1895), Gide a ainsi réussi à exprimer toute la vérité d’une vie, en se peignant comme « un être d’inconséquence » ou un « être de dialogue », comme il se plaisait à se définir.  

Jean-Michel Wittmann

Bibliographie raisonnée

Éditions 

Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, coll. folio n° 875, 1972.

Si le grain ne meurt, in Souvenirs et Voyages, éd. Pierre Masson, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2001, p. 79-330.

Études critiques

Emeis Haral, « La Morsure », Bulletin des Amis d'André Gide, n°74-75, avril-juillet 1987, p.24-33.

Lejeune Philippe, Exercices d’ambiguïté : lectures de « Si le grain ne meurt » d’André Gide, Lettres Modernes, coll. Langues et styles, 1974.

Lejeune Philippe, Le Pacte autobiographique [sur le récit autobiographique de Gide, voir les p. 165-196], Paris, Seuil, rééd. augmentée, coll. Points, 1996.

Martin Claude (éd.), André Gide 9. Regards intertextuels, Paris, Lettres Modernes, 1991 [dans la seconde partie, intitulée « Corydon, Si le grain ne meurt, Les Faux-Monnayeurs : regards intertextuels », p. 27-117, voir les articles de Catharine Savage Brosman, Alain Goulet et Christian Angelet].

Masson Pierre et Claude Jean (éds.), André Gide et l’écriture de soi, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2002 [les articles de Christine Ligier, Sidonie Rivalin-Padiou, Catharine Savage-Brosman et Pierre Masson qui constituent la troisième partie, intitulée « Écriture de soi et autobiographie », p. 179-257, portent en totalité ou dans leur majeure partie sur Si le grain ne meurt].

Tolton C.D.E., André Gide and the Art of Autobiography. A Study of "Si le grain ne meurt”, Toronto, Mac Millan, 1975.

Wittmann Jean-Michel, « Si le grain ne meurt » d’André Gide, Paris, Gallimard, coll. Foliothèque, 2005.

Articles critiques

Goulet Alain, « La construction du moi par l’autobiographie : Si le grain ne meurt d’André Gide », Texte (Toronto), n° 1, 1982, p. 51-69.

Lejeune Philippe, « Gide et l’autobiographie », André Gide 4, Paris : Lettres Modernes, 1974, p. 31-69.

Ligier Christine, « Ce petit trait qui peint tout l’homme. Essai d’interprétation du chapitre IX de Si le grain ne meurt », Bulletin des Amis d’André Gide, n°s 122-123, avril-juillet 1999, p. 175-203.

Ligier Christine, « Discours de l’autre et discours du moi : l’ironie gidienne dans Si le grain ne meurt et Corydon », in Alain Goulet et Pierre Masson (éds.), André Gide 10. L’Écriture d’André Gide 1 : genèses et spécificités, p. 257-265.

Masson Pierre, « Les dragons de papier », Littératures contemporaines, Klincksieck, 2000.

Divers

« Chronique bilbiographique : Sur Si le grain ne meurt. », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 28, octobre 1993, p. 64-66.

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.