Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Les Nourritures terrestres : ressources en ligne

 

     Publié au début de l’année 1897, ce livre qui compte parmi les plus célèbres de Gide a été directement nourri par l’expérience décisive de son voyage en Afrique du Nord, en 1893-1894, « près d’un peuple qui s’invétère, d’une religion différente, d’une morale parfois contraire et pourtant belle » (« Postface pour la nouvelle édition de Paludes »). Gide y rend compte de sa nouvelle posture en face de la vie, en évoquant de façon allusive un certain nombre d’événements et d’impressions vécus durant – mais aussi avant et après – ce voyage.

    Généralement considéré comme une œuvre poétique, il s’agit en fait d’un ouvrage inclassable, à la fois lyrique et ironique, autobiographique et narratif. Composées de différents livres agencés suivant une logique rigoureuse, même si le lecteur a d’abord l’impression d’une composition lâche, dictée par le flux mobile des réminiscences et des sensations retrouvées, Les Nourritures terrestres présentent discrètement la structure d’un roman d’apprentissage ou, du moins, d’un récit initiatique, qui retrace le cheminement éthique du jeune Gide à la faveur des événements vécus en Algérie, notamment la maladie et les premières expériences homosexuelles. Le travail stylistique accompli par le jeune écrivain, en revanche, vise à rendre compte, dans une forme poétique, de la disponibilité du sujet et du miroitement de ses émotions et de ses impressions.

     Il s’agit bien pour Gide d’exposer une nouvelle éthique individuelle. « Certes, il m’a plus souvent qu’une doctrine et même qu’un système complet de pensées ordonnées justifiât à moi-même mes actes », rappelle le narrateur (Livre II). Dans ses Nourritures, Gide, qui a pu éprouver en Algérie l’importance de son corps, tourne le dos à l’idéalisme d’André Walter et proclame l’importance des sens. Il y célèbre en termes lyriques la ferveur et la disponibilité, c’est-à-dire l’ouverture résolue à la beauté du monde, sous toutes ces formes.

   Pour des raisons qui tiennent autant à un idéal de l’œuvre d’art fondé sur le principe d’une forme de gratuité, qu’à l’impossibilité pour Gide d’évoquer explicitement ses expériences homosexuelles, Les Nourritures terrestres restent néanmoins une œuvre délibérément ambiguë, qui ne constitue nullement un manuel de morale, même si une certaine jeunesse, notamment après la Première Guerre mondiale, a pu la lire de cette façon. Certes, le jeune écrivain semble y tourner le dos au symbolisme, mais il se soucie surtout de réintroduire la réalité dans une littérature symboliste et désincarnée, sans déroger aux principes esthétiques formulés à l’époque du Traité du Narcisse. Par ailleurs, il prend soin d’introduire une dimension dialectique et ironique dans son ouvrage, en multipliant et en opposant les points de vue, d’un livre à l’autre. Le personnage de Ménalque, figure fascinante inspirée en partie par Oscar Wilde, à la fois modèle et repoussoir pour le narrateur voire pour son lecteur, cristallise ces tentations diverses et le refus de s’enfermer dans aucune d’entre elles.

Jean-Michel Wittmann

Bibliographie raisonnée

Éditions 

Les Nourritures terrestres, Paris, Gallimard, coll. folio n° 117.

Les Nourritures terrestres, éd. Pierre Masson, in Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, t. I, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2009 (texte p. 347-444, notice, note sur le texte, notes p. 1317-1339).

Études critiques

Collectif, Revue des Lettres Modernes. André Gide, n° 2 : Sur « Les Nourritures terrestres », Paris, Minard, 1971.

Davet Yvonne, Autour des « Nourritures terrestres », Histoire d’un livre, Paris, Gallimard, 1948.

Veyrenc Marie-Thérèse, Genèse d’un style. La phrase d’André Gide dans « Les Nourritures terrestres », Paris - Le Puy-en-Velay, Nizet, 1976.

Walker David H. & Brosman Catherine (éds.), Retour aux « Nourritures terrestres », actes du colloque de Sheffield (mars 1997), Amsterdam, Rodopi, 1997.

Wittmann Jean-Michel, Symboliste et déserteur. Les œuvres fin de siècle d’André Gide, Paris, Honoré Champion, 1997.

Articles critiques

Poulet Georges, « L’instant et le lieu chez André Gide », Revue des Lettres Modernes. André Gide, n° 3, 1972, p. 57-66.

Walker David H., « Note pour étude de la composition des Nourritures terrestres », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 39, juillet 1978, p. 71-74.

Divers 

« Autour des Nourritures terrestres », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 30, avril 1976, p. 19-38.

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(Souvenirs de la cour d’assises, Faits divers, L’Affaire Redureau, La Séquestrée de Poitiers)

    Il n’est pas aisé de classer Ne jugez pas : ni fiction, ni journal, ni récit de voyage, ni récit biographique, ni discours critique, ce recueil publié en 1957 mais d’une grande cohérence, réunissant rétrospectivement les écrits d’André Gide relatifs à la justice, et dont le titre s’approprie l’interdit évangélique du jugement, recouvre une pratique particulière de l’écriture documentaire.

    Le recueil reprend d’abord les Souvenirs de la cour d’assises, publiés en 1914 et qui relatent l’expérience des tribunaux faite par André Gide lorsqu’il était juré à la cour d’assises de Rouen en 1912. Dans la succession des affaires, l’auteur éprouve la variété des pulsions humaines, et explore moins le problème de la culpabilité ou de l’innocence que la béance qui sépare l’institution judiciaire (la « machine-à-rendre-la-justice ») de la justice comme principe. Il analyse de quel poids dans la décision sont l’origine des jurés, la manière dont on les influence, l’écart entre la langue des juges et celle des prévenus, le pouvoir du langage sur la conviction, le règne d’une psychologie de convention. Cette expérience judiciaire accompagne sa réflexion d’écrivain sur le tribunal comme modèle de compréhension de la lecture des œuvres et le conduit à observer la variété et les effets des réactions au « texte » judiciaire.

    Le recueil reprend ensuite les contributions à la rubrique « Faits divers » que Gide crée, de 1926 à 1928, dans La N. R. F., qui esquisse une quinzaine de faits divers développés en quelques lignes ou pages, et les deux longues enquêtes parues dans la collection « Ne Jugez pas » lancée par Gide chez Gallimard  : La Séquestrée de Poitiers et L’Affaire Redureau.

    Gide résume ainsi l’affaire Redureau : « Le 30 septembre 1913, le jeune Marcel Redureau, âgé de quinze ans, et domestique au service des époux Mabit, cultivateurs en Charente-Inférieure, assassinait sauvagement toute la famille Mabit, et la servante Marie Dugast : en tout sept personnes ». L’affaire décèle l’inadaptation de la psychologie établie (aucun motif simple ne vient expliquer l’immense déchaînement de violence d’un adolescent pourtant paisible avant et après les faits : n’apportent d’éclairage précis ni l’accusé, ni l’instance judiciaire, ni surtout la presse, ni même tout à fait les médecins, légistes et aliénistes) ; mais elle révèle également les dysfonctionnements de l’institution : Redureau aurait été condamné moins lourdement s’il avait été tenu pour « dément ». La force du bon fait divers, dit Gide, est de « déconcerter la justice humaine ».

    La Séquestrée de Poitiers rapporte l'histoire de Mélanie Bastian, découverte nue et amaigrie jusqu’à peser vingt-cinq kilos au fond d’une chambre où elle a vécu en recluse, dans une grotte de crasse, pendant vingt-quatre ans. Ces faits n’entraînent cependant aucune condamnation : si une multitude de décisions blâmables mais non criminelles produit un état de fait monstrueux, ce sont les contours de la notion même de crime qui perdent leur évidence – et pourront donc être redéfinis.

    Si ces faits divers valent par la critique qu’ils permettent de la justice, ils sont aussi l’objet d’un travail d’écriture remarquable par son minimalisme : ces deux livres sont des montages documentaires où la place de l’auteur se restreint – sans disparaître : il s’agit d’intervenir sans grands discours pour écarter les explications trop simples ou évidentes, pour identifier des terrae incognitae dans l’exploration de la psyché humaine, pour signaler le moment où les intervenants glissent des faits au préjugé. Le vertige suscité depuis longtemps chez Gide par l’absence de motif à l’action laisse en effet la place au désir d’un motif que la science permettra d’établir. Un projet progressiste vient remplacer la dénonciation d’une psychologie de convention ou le rêve d’une gratuité des actions. De fait, Gide se fait naturaliste du fait divers : collecter et aborder les crimes humains permettra de refonder la psychologie et par elle une véritable justice – de rendre possible un jugement à venir. L’engagement gidien se fonde autant sur le désir de poser à neuf et à nu les questions que sur un élan humanitaire.

    Les textes de la rubrique « Faits divers » sont les moins célèbres de cet ensemble, mais peut-être les plus forts : dans l’accélération des catastrophes, suivies avec la distance du savant qui naturalise et la curiosité active qui les change en explorations d’une psychologie encore à venir, le monde entier, des boxeurs noirs fils de pasteurs en Amérique à d’imprévues nudités soviétiques, s’inscrit dans une forme plus fragile, mais plus ouverte et, suggère Gide, plus puissante que le roman – autre consommateur de faits divers. C’est un échange avec ses lecteurs, invités à envoyer des faits divers ou des commentaires, que Gide organise : entre la figure de l’éditeur de faux documents dans le triptyque de L’École des femmes, celle du naturaliste du fait divers engageant un dialogue concret avec son public et celle de l’écrivain se limitant à constituer un corpus documentaire, c’est bien une nouvelle conception de l’auctorialité que Gide développe pour convertir le renoncement évangélique au jugement en constitution d’une justice à venir.

François Bompaire

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 Notes sur Chopin : ressources en ligne

 

     On connaît la passion de Gide pour Chopin : manifeste dès sa jeunesse, elle ne s’est jamais démentie, et même n’a jamais cessé d’aller crescendo. Gide fit de Chopin l’un de ses modèles, voire l’un de ses doubles fantasmés.

     Il fallait donc que l’écrivain donnât, outre les méditations diaristiques qu’il consacre à Chopin, un recueil de réflexions sur le compositeur. Après avoir rêvé sans l’écrire à un livre sur Chopin et Schumann dès les années 1890, il confiera en 1931 à La Revue musicale la première version de ses Notes sur Chopin. Une version intermédiaire de l’opuscule, quelque peu remaniée, paraît ensuite en 1939 dans le tome XV des Œuvres complètes. Puis la version « définitive », augmentée de fragments du journal et d’extraits de partitions, est publiée par L’Arche en 1948. Enfin, en 2010, Gallimard republie les Notes sur Chopin, avec un bel avant-propos du pianiste et compositeur Michaël Levinas.

    Ces Notes, comme leur titre l’indique, ne prétendent pas s’organiser en un discours systématique. S’y dessinent néanmoins quelques lignes de force. D’une part, Gide présente Chopin comme le plus éminent représentant d’une esthétique classique typiquement française : « Si je reconnais, dans l’œuvre de Chopin, une inspiration, un jaillissement polonais, il me plaît de reconnaître également à cette étoffe première une coupe, une façon françaises » (L’Arche, p. 11). « Les Notes sur Chopin forment non seulement un traité musical précis, mais elles constituent aussi un véritable manifeste esthétique, une théorie de l’art et de la poésie », écrit Aliocha Wald Lasowski (Le Jeu des ritournelles, p. 67). Gide, de fait, se comporte à la fois en critique et en théoricien, comme l’a finement remarqué Peter Schnyder : « les Notes sur Chopin […] laissent percer la pensée critique de l’écrivain, son originalité » (Pré-textes : André Gide et la tentation de la critique, p. 7). D’autre part, les Notes sur Chopin « sont en grande partie assimilables à un cours d’interprétation » (Roger Delage, p. 26). Gide y donne des indications fort précises aux musiciens qui liraient son livre, qui eût pu être sous-titré Conseils à un(e) jeune pianiste. Les éditions Gallimard, d’ailleurs, ne s’y sont pas trompées, puisque, dans l’édition de 2010, elles ont adjoint aux Notes la transcription de la leçon donnée à la jeune Annick Morice en 1950. Enfin, Gide, malgré sa répugnance à l’égard des comparaisons intermédiales, ne cesse de rapprocher Chopin de Baudelaire. Le compositeur et le poète ont selon lui en commun d’être maltraités par leurs interprètes : « Avez-vous parfois entendu des acteurs déclamer du Baudelaire comme ils feraient du Casimir Delavigne ? Eux jouent Chopin comme si c’était du Liszt » (p.16).

     On l’aura compris : le Chopin de Gide n’est ni celui des virtuoses, ni celui des salons. Aussi, même si Gide reçut quelques soutiens (parmi lesquels celui de Nadia Boulanger), les Notes lui valurent-elles quelques inimitiés – à commencer par celles d’André Suarès, d’Igor Stravinsky et d’Arthur Rubinstein. Aussi bien Gide ne cherchait-il pas à se faire des amis parmi les musiciens : en témoigne la dédicace du livre, qui rend hommage au directeur du Monte Cassino, que Gide crédite d’une compréhension profonde de Chopin… précisément parce qu’au lieu de jouer les œuvres du compositeur, le Père Abbé se contentait de les lire en silence.

     Signalons pour terminer qu’en 2010, le compositeur Pierre Thilloy a donné un quatuor à cordes avec récitant intitulé Notes sur Chopin (op. 178). Commande de la Fondation Catherine Gide, cette œuvre a été créée le 13 mai 2010 au Grand Théâtre de Bordeaux lors du Festival International « Quatuors à Bordeaux ».

Augustin Voegele

Bibliographie raisonnée

Éditions 

« Notes sur Chopin », La Revue musicale, 1931.

Notes sur Chopin, Œuvres complètes, tome XV, Paris, Gallimard, 1939.

Notes sur Chopin, Paris, L’Arche, 1948.

Notes sur Chopin, avec un avant-propos de Michaël Levinas, Paris, Gallimard, 2010.

Études critiques (relatives aux Notes sur Chopin ou à la place de Chopin dans l’œuvre de Gide)

Acquisto Joseph, « La musique du désir et de la pureté. Gide face à Chopin et Baudelaire », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 157, janvier 2008, p. 19-32.

Bompaire François, « De la musique à l’ironie, et retour. Interprétation musicale et interprétation textuelle dans l’œuvre d’André Gide », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (éds.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 175‑194.

Brunel Pierre, Aimer Chopin, Paris, Presses Universitaires de France, 1999.

Brunel Pierre, « Gide et Chopin », Basso continuo. Musique et littérature mêlées, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, p. 87‑99.

Delage Roger, « André Gide et la musique », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 39, juillet 1978, p. 13‑28.

Franceschetti Giancarlo, « André Gide Esegeta di Chopin », Aevum, volume 37, n°1‑2, janvier-avril 1963, p. 170-186.

Hoeges Dirk, « Pro Chopin, Contra Wagner : André Gide und die Musik », in Hans T. Siepe et Raimund Theis (éds.), André Gide und Deutschland, Düsseldorf, Droste Verlag, 1992, p. 58-65.

Holcman Jan, The Legacy of Chopin, New York, Open Road Media, 2015.

Jean-Aubry Georges, André Gide et la musique, Paris, Éditions de la Revue musicale, 1945.

Lefébure Yvonne, « André Gide interprète de Chopin », Contrepoint, n° 6, 1949, p. 34-42.

Masson Pierre, « Les Notes sur Chopin, ou le livre impossible d’André Gide », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 166, avril 2010, p. 113‑132.

Masson Pierre, « Gide et la musique. De l’impur au pur », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (éds.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 37‑52.

Métayer Bernard, « Gide et Chopin », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 85, janvier 1990, p. 65-92.

Meylan Pierre, « André Gide, pianiste », Les Écrivains et la musique, volume 2, Lausanne, Éditions du Cervin, 1952, p. 62-78.

Moutote Daniel, « La Musique », André Gide : esthétique de la création littéraire, Paris, Champion, 1993, p. 35‑41.

Schnyder Peter, Notices « Chopin » et « Notes sur Chopin », in Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann (éds.), Dictionnaire Gide, Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 86-87 et p. 280-281.

Schnyder Peter, « André Gide et l’harmonie. Comment une catégorie musicale devient une catégorie existentielle », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (éds.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 53-69.

Sistig Joachim, André Gide : die Rolle der Musik in Leben und Werk, Essen, Die Blaue Eule, 1994, en particulier p. 193‑206 et p. 401‑430.

Sistig Joachim, « La topographie esthétique de l’univers musical gidien », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (éds.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 21-37.

Toudoire-Surlapierre Frédérique, « “Il y a un Gide intime qu’on ne connaît pas. Coupez.” », in Jean-Michel Wittmann (éd.), Gide ou l’identité en question, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 77-100.

Vukuzic Zorica Maja, « “Bez glazbe, život bi bio pogreška” – Chopin kod Gidea, Sartrea, Nietzschea i Barthesa », in Književna smotra, Časopis za svjetsku književnost, numéro 157‑158, 2010, p. 51‑60.

Vukuzic Zorica Maja, « Le piano touchant/touché : l’instrument du contretemps chez Gide, le cas du Journal et des Notes sur Chopin », Studia romanica et anglica zagrebiensia, n° 55, 2010, p. 79-102.

Vukuzic Zorica Maja, « Gide et Chopin – le parfait écrivain devrait être musicien », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 176, octobre 2012, p. 309-352.

Vukuzic Zorica Maja, « Des Notes sur Chopin à l’opéra. L’angle mort du Journal de Gide », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (éds.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 151-171.

Wald Lasowski Aliocha, Le Jeu des ritournelles, Paris, Gallimard, 2017.

Wald Lasowski Roman, « Écriture et piano. Gide, Barthes, Chopin », in Raphaël Célis (éd.), Littérature et musique, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 2001, p. 161-171.

Zurowka Joanna, « Gide et Chopin », Chopin et les Lettres, Varsovie, Centre de civilisation française, 1991, p. 119-125.

 

Dossier de presse

Pour le dossier de presse des Notes sur Chopin, on pourra consulter les numéros 163 (juillet 2009, p. 415) et 166 (avril 2010, p. 251) du Bulletin des Amis d'André Gide.

 

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Nouveaux prétextes : ressources en ligne

 

En 1903, Gide fait paraître au Mercure de France un volume intitulé Prétextes, où il réunit quelques-uns des écrits critiques qu’il a publiés depuis 1898. En 1911, il donne, chez le même éditeur, un deuxième recueil, intitulé Nouveaux prétextes, pour lequel il reprend le sous-titre du premier : Réflexions sur quelques points de littérature et de morale.

Voyons quels textes sont rassemblés dans ces Nouveaux prétextes. Gide ouvre son livre avec deux conférences : « De l’évolution du théâtre », prononcée à Bruxelles le 25 mars 1903, et « De l’importance du public », prononcée à Weimar le 5 août de la même année. Dans la première, il oppose théâtre antique païen et théâtre moderne chrétien, et appelle de ses vœux un retour du « masque » sur la scène, pour des raisons très particulières : « qu’on nous redonne la liberté des mœurs, et la contrainte de l’art suivra ; qu’on supprime l’hypocrisie de la vie et le masque remontera sur la scène ». Dans la seconde, il déplore le sort de l’artiste moderne qui n’a plus à sa disposition, pour le contraindre, un public autorisé : ses propos ne sont pas loin, par moments, de préfigurer la théorie de l’horizon d’attente développée des décennies plus tard par Hans Robert Jauss.

Suivent trois « visites de l’interviewer » parues en 1905 dans L’Ermitage, puis une section intitulée « Prétextes », qui réunit : « Nationalisme et littérature. (À propos d’une enquête de La Phalange) » (La NRF, juin 1909) ; « Nationalisme et littérature (second article) » (La NRF, octobre 1909) ; « La licence, la dépravation et les déclarations de M. le sénateur Bérenger » (L’Ermitage, 15 avril 1906) ; « Mœurs littéraires (autour du tombeau de Catulle Mendès) » (La NRF, avril 1909) ; « L’Amateur de M. Remy de Gourmont » (La NRF, avril 1910) ; « En marge du Fénelon de Jules Lemaître » (La NRF, juin 1910) ; « Baudelaire et M. Faguet » (La NRF, novembre 1910). On remarque, en lisant ces quelques titres, que les réflexions de Gide prennent une teinte socio-politique, tout en restant morales et littéraires. Mais ce qui se fait jour aussi dans ces textes, ce sont les préoccupations les plus intimes et les plus essentielles de Gide. Il défend ainsi en Baudelaire un poète incompris, à qui l’on a reproché d’être malsain (l’adjectif est lourd de sens sous la plume de Gide, car c’est le mot même qu’employait sa mère pour (dis)qualifier la musique de Chopin). Quant à Remy de Gourmont, il l’éreinte parce qu’il sent en lui un esprit imperméable à tout sentiment religieux, et qui de plus éprouve une véritable « haine » pour la « pudeur » : on s’étonne de voir Gide défendre la pudeur… mais précisément, l’écriture critique est le lieu où s’exprime sa complexité (sinon ses contradictions).

C’est ensuite le « Journal sans dates » qu’offre Gide à ses lecteurs : dix segments d’abord publiés dans La NRF, et où il parle de ses voyages (en Andorre notamment) autant que de littérature.

Gide reprend également onze comptes rendus initialement publiés dans La NRF : « Jules Romains : La Vie Unanime » (février 1909) ; « Poèmes par un riche amateur » (février 1909 – on aura reconnu le Barnabooth de Valery Larbaud) ; « André Rouveyre : Le Gynécée » (mars 1909) ; « Francis de Miomandre : Écrit sur de l’eau » (mars 1909) ; « Francis Jammes : Rayons de miel » (mai 1909) ; « Henri de Régnier : Couleur du temps » (mai 1909) ; « Jean Giraudoux : Provinciales » (juin 1909) ; « Léon Blum : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann » (juillet 1909) ; « Georges Grappe : Dans le jardin de Sainte-Beuve » (juillet 1909) ; « Louis Dumur : Les Trois Demoiselles du Père Maire » (avril 1910) ; « Les représentations russes au Châtelet » (juillet 1909). Outre le fait qu’on découvre, dans le dernier de ces textes, un Gide critique musical, ces recensions sont très précieuses pour qui s’intéresse à l’histoire des relations de Gide avec ses contemporains : eu égard au fait que les deux hommes ont passé ensuite des décennies à s’envoyer des piques et à se faire des compliments empoisonnés, on peut par exemple être surpris de constater que le compte rendu que Gide donne du premier grand recueil poétique de Jules Romains, La Vie unanime, est très élogieux.

Les Nouveaux prétextes se terminent sur une « Lettre de Jules Renard en réponse au Journal sans dates » et sur la « Réponse » de Gide à cette lettre. À Renard, qui lui reproche de l’avoir accusé d’anticléricalisme, Gide répond que ce qu’il regrette, c’est qu’il ait sacrifié la pureté de son art à des préoccupations séculières.

La plupart des textes recueillis dans Nouveaux prétextes sont disponibles dans l’édition Pléiade (1999) des Essais critiques. Seuls quelques fragments du « Journal sans dates » et les deux lettres finales n’y sont pas repris.

 

Augustin Voegele

 

Bibliographie indicative

« Le Dossier de presse de Nouveaux Prétextes : Louis Vernède, Henri Bachelin, Louis Mandin, Henri Clouard, Lucien Maury », dans Bulletin des Amis d’André Gide, no 117, janvier 1998, p. 123‑141.

Béguin, Albert, « Gide critique et créateur », dans Les Critiques de notre temps et Gide, Paris, Garnier Frères, 1971, p. 163-166. 

Bertrand, Stéphanie, Gide et l’aphorisme. Du style des idées, Paris, Classiques Garnier, 2018. 

Braak, Sybrandi, « André Gide, critique littéraire », dans André Gide et l’âme moderne, Paris, Kruyt, 1923, p. 165 et suivantes.

Claude, Jean, « Peter Schnyder, Pré-textes. André Gide et la tentation de la critique », dans Littératures, no 19, 1988, p. 202‑204, en ligne : https://www.persee.fr/doc/litts_0563-9751_1988_num_19_1_1458_t1_0202_0000_2

Davies, John C., « Gide as Literary Critic », dans Modern Languages, mars 1959, p. 12-17. 

Fraisse, Emmanuel, « Gide et la lecture : comment se constituer en conscience critique », dans Francis Marcoin et Fabrice Thumerel (éds.), Manières de critiquer, Arras, Artois Presses Université, 2001, p. 71‑82.

Ireland, George William, « Gide et Valéry, précurseurs de la nouvelle critique », dans Les Chemins actuels de la critique, Paris, Union Générale d’Éditions, 1968, p. 34‑57.

Krebber, Günter, Untersuchungen zur Ästhetik und Kritik André Gides, Genève, Droz, 1959.

Martin, Claude, « André Gide critique de Georges Simenon », dans Bulletin des Amis d’André Gide, no 34, avril 1977, p. 39‑44.

Masson, Pierre, « Introduction », dans André Gide, Essais critiques, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, p. IX-LXXVI.

Mercier, Christophe, « Gide critique », dans Commentaire, no 88, 1999, p. 1013‑1015, en ligne : https://www.cairn.info/revue-commentaire-1999-4-page-1013.htm

Ninomiya, Masayuki, « Du “Subjectif” aux Prétextes. La formation de Gide critique », dans Gide et la fonction de la littérature, Paris, Minard, 1972, p. 9-26.

Prévost, Jean, « André Gide critique », dans André Gide, Paris, Éditions du Capitole, 1928, p. 235‑246.

Rupolo, Wanda, « Gide, critico del romanzo », dans Nuova Antologia, 117e année, vol. 549, fasc. 2142, avril‑juin 1982, p. 288-302.

Schnyder, Peter, « Gide critique du roman des années 1900 », dans Bulletin des Amis d’André Gide, no 70, avril 1986, p. 65-81.

Schnyder, Peter, « Gide critique et ses premiers critiques », dans Bulletin des Amis d’André Gide, no 77, janvier 1988, p. 83-95.

Schnyder, Peter, Pré-textes : André Gide et la tentation de la critique, Paris, L’Harmattan, 2001.

Schnyder, Peter, « “Vous pouvez tout raconter [...] ; mais à condition de ne jamais dire : Je”. Gide critique de Proust », dans Hélène Baty-Delalande (éd.), André Gide, Les Faux-monnayeurs. Relectures, Paris, Publie-net, 2013, p. 174-195.

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Voigt, Fritz-Georg, « André Gide als literarischer Kritiker », thèse de doctorat, Université d’Iéna, 1921.

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Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.