Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Vous trouverez en bas de cette page plusieurs ressources critiques en ligne sur cette oeuvre. Elles figurent en couleur.

En 1903, Gide fait paraître au Mercure de France un volume intitulé Prétextes, où il réunit quelques-uns des écrits critiques qu’il a publiés depuis 1898. En 1911, il donne, chez le même éditeur, un deuxième recueil, intitulé Nouveaux prétextes, pour lequel il reprend le sous-titre du premier : Réflexions sur quelques points de littérature et de morale.

Voyons quels textes sont rassemblés dans ces Nouveaux prétextes. Gide ouvre son livre avec deux conférences : « De l’évolution du théâtre », prononcée à Bruxelles le 25 mars 1903, et « De l’importance du public », prononcée à Weimar le 5 août de la même année. Dans la première, il oppose théâtre antique païen et théâtre moderne chrétien, et appelle de ses vœux un retour du « masque » sur la scène, pour des raisons très particulières : « qu’on nous redonne la liberté des mœurs, et la contrainte de l’art suivra ; qu’on supprime l’hypocrisie de la vie et le masque remontera sur la scène ». Dans la seconde, il déplore le sort de l’artiste moderne qui n’a plus à sa disposition, pour le contraindre, un public autorisé : ses propos ne sont pas loin, par moments, de préfigurer la théorie de l’horizon d’attente développée des décennies plus tard par Hans Robert Jauss.

Suivent trois « visites de l’interviewer » parues en 1905 dans L’Ermitage, puis une section intitulée « Prétextes », qui réunit : « Nationalisme et littérature. (À propos d’une enquête de La Phalange) » (La NRF, juin 1909) ; « Nationalisme et littérature (second article) » (La NRF, octobre 1909) ; « La licence, la dépravation et les déclarations de M. le sénateur Bérenger » (L’Ermitage, 15 avril 1906) ; « Mœurs littéraires (autour du tombeau de Catulle Mendès) » (La NRF, avril 1909) ; « L’Amateur de M. Remy de Gourmont » (La NRF, avril 1910) ; « En marge du Fénelon de Jules Lemaître » (La NRF, juin 1910) ; « Baudelaire et M. Faguet » (La NRF, novembre 1910). On remarque, en lisant ces quelques titres, que les réflexions de Gide prennent une teinte socio-politique, tout en restant morales et littéraires. Mais ce qui se fait jour aussi dans ces textes, ce sont les préoccupations les plus intimes et les plus essentielles de Gide. Il défend ainsi en Baudelaire un poète incompris, à qui l’on a reproché d’être malsain (l’adjectif est lourd de sens sous la plume de Gide, car c’est le mot même qu’employait sa mère pour (dis)qualifier la musique de Chopin). Quant à Remy de Gourmont, il l’éreinte parce qu’il sent en lui un esprit imperméable à tout sentiment religieux, et qui de plus éprouve une véritable « haine » pour la « pudeur » : on s’étonne de voir Gide défendre la pudeur… mais précisément, l’écriture critique est le lieu où s’exprime sa complexité (sinon ses contradictions).

C’est ensuite le « Journal sans dates » qu’offre Gide à ses lecteurs : dix segments d’abord publiés dans La NRF, et où il parle de ses voyages (en Andorre notamment) autant que de littérature.

Gide reprend également onze comptes rendus initialement publiés dans La NRF : « Jules Romains : La Vie Unanime » (février 1909) ; « Poèmes par un riche amateur » (février 1909 – on aura reconnu le Barnabooth de Valery Larbaud) ; « André Rouveyre : Le Gynécée » (mars 1909) ; « Francis de Miomandre : Écrit sur de l’eau » (mars 1909) ; « Francis Jammes : Rayons de miel » (mai 1909) ; « Henri de Régnier : Couleur du temps » (mai 1909) ; « Jean Giraudoux : Provinciales » (juin 1909) ; « Léon Blum : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann » (juillet 1909) ; « Georges Grappe : Dans le jardin de Sainte-Beuve » (juillet 1909) ; « Louis Dumur : Les Trois Demoiselles du Père Maire » (avril 1910) ; « Les représentations russes au Châtelet » (juillet 1909). Outre le fait qu’on découvre, dans le dernier de ces textes, un Gide critique musical, ces recensions sont très précieuses pour qui s’intéresse à l’histoire des relations de Gide avec ses contemporains : eu égard au fait que les deux hommes ont passé ensuite des décennies à s’envoyer des piques et à se faire des compliments empoisonnés, on peut par exemple être surpris de constater que le compte rendu que Gide donne du premier grand recueil poétique de Jules Romains, La Vie unanime, est très élogieux.

Les Nouveaux prétextes se terminent sur une « Lettre de Jules Renard en réponse au Journal sans dates » et sur la « Réponse » de Gide à cette lettre. À Renard, qui lui reproche de l’avoir accusé d’anticléricalisme, Gide répond que ce qu’il regrette, c’est qu’il ait sacrifié la pureté de son art à des préoccupations séculières.

La plupart des textes recueillis dans Nouveaux prétextes sont disponibles dans l’édition Pléiade (1999) des Essais critiques. Seuls quelques fragments du « Journal sans dates » et les deux lettres finales n’y sont pas repris.

 

Augustin Voegele

 

Bibliographie indicative

« Le Dossier de presse de Nouveaux Prétextes : Louis Vernède, Henri Bachelin, Louis Mandin, Henri Clouard, Lucien Maury », dans Bulletin des Amis d’André Gide, no 117, janvier 1998, p. 123‑141.

Béguin, Albert, « Gide critique et créateur », dans Les Critiques de notre temps et Gide, Paris, Garnier Frères, 1971, p. 163-166. 

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Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.