Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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Vous trouverez en bas de cette page plusieurs ressources critiques en ligne sur cette oeuvre. Elles figurent en couleur.

 

   Gide a tenu un journal presque toute sa vie durant. Le titre unique donné à cette œuvre ne saurait pourtant faire illusion : les pages regroupées sous le titre de Journal (qui constituent deux volumes dans la collection de la Pléiade) forment une œuvre profondément hétéroclite, tant par sa composition que par la fréquence à laquelle Gide s’y est livré. Non seulement le Journal est écrit sur des supports multiples et variables au fil du temps, mais surtout, il est composé tout à la fois de fragments, de Feuillets, de Pages et de journaux de voyage, et, ponctuellement, de « notes d’hôtel, pense-bête, lettres, fragments d’écriture de fiction » (Éric Marty, Notice, coll. Bibliothèque de la Pléiade, p. 1298). Régulièrement interrompu et recommencé, continué avec une intensité variable suivant les années, il est pourtant l’œuvre qui aura le plus continuellement accompagné l’écrivain, de ses tout débuts (1887) à la quasi veille de sa mort, en 1950.

   La fonction du Journal évolue ainsi au fil des années. Les premières années, il a une fonction d’avant-texte des œuvres, notamment eu égard aux Cahiers d’André Walter (dont le titre même annonce la forme diaristique) et aux Nourritures terrestres ; cette tendance explique pour une large part l’intermittence de la pratique diaristique de cette époque, Gide ne parvenant pas à maintenir une pratique d’écriture quotidienne une fois le contenu de cet écrit reversé dans les œuvres. L’écriture du Journal s’affirme ensuite progressivement à la fois comme mémoire et comme exercice : Gide souhaite conserver, d’abord pour lui-même (quoiqu’avec la conscience et la volonté grandissantes d’un lecteur externe), la trace des idées qui le traversent, les manifestations du dialogue qu’il entretient avec lui-même. Mais la pratique diaristique est aussi un exercice stylistique et éthique, voire spirituel, à travers laquelle Gide s’oblige à consigner régulièrement des notations de tous ordres (esthétiques, morales, religieuses, littéraires, pratiques, etc.), forme scripturale de l’examen de conscience religieux. Le Journal entretient dès lors avec l’œuvre un « lien paradoxal de concurrence et de sympathie » (Éric Marty, Notice, coll. Bibliothèque de la Pléiade, p. 1300).

   Amené à recueillir les réflexions voire les confessions de l’écrivain pendant les périodes de création comme pendant les périodes critiques (telle la Seconde Guerre mondiale), le Journal constitue un témoignage de premier plan de la vie intellectuelle de Gide. D’ailleurs, l’écrivain lui-même n’aura de cesse d’en publier des extraits, en revue notamment, jusqu’à l’édition synthétique de 1939 dans la prestigieuse collection de la Pléiade (Journal 1889-1939), au sein de laquelle il est le premier écrivain à être publié de son vivant.

   Sans doute nourri par la lecture précoce du Journal d’Amiel et par celle, plus tardive, du Journal des Goncourt, le Journal de Gide se distingue pourtant de ces deux modèles du genre, à la fois par la dimension protéiforme de son écriture, et par la portée sinon métaphysique, du moins éthique de sa pratique pour l’auteur.  

Stéphanie Bertrand

 

Bibliographie raisonnée

Éditions 

Journal, t. 1 (1887-1925), édition établie, présentée et annotée par Éric Marty, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1996.

Journal, t. 2 (1926-1950), édition établie, présentée et annotée par Martine Sagaert, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1997.

Journal. Une anthologie (1889-1949), choix et présentation de Peter Schnyder, avec la collaboration de Juliette Solvès, Paris, Gallimard, « Folio », 2012.

« Journal d’U. R. S. S. », présenté par Martine Sagaert, La Nouvelle Revue française, n° 529, février 1997, p. 12-40.

Études critiques

Albarda-Kaas Maria, André Gide et son « Journal », Arnhem, Van Loghum Slaterus, 1942.

Derais François et Rambaud Henri, L’Envers du « Journal » de Gide. Tunis 1942-1943, Paris, Le Nouveau Portique, 1951.

Dommartin Henry, André Gide d’après son Journal, Le Thyrse, Uccle, Belgique, 1939.

Marty Éric, L’Écriture du jour. Le « Journal » d’André Gide, Paris, Le Seuil, 1985.

Midhat Samic, La Personnalité, l’œuvre et l’époque d’André Gide d’après son Journal (avec un résumé en français), Sarajevo, Académie des sciences et des arts de Bosnie-Herzégovine, 1976.

Moutote Daniel, Le Journal de Gide et les problèmes du moi (1889-1925), Paris, Presses Universitaires de France, 1968.

Moutote Daniel, Index des idées, images et formules du « Journal 1889-1939 », Lyon, Centre d’études gidiennes, 1985.

Sagaert Martine et Schnyder Peter, André Gide, l’Écriture vive, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2009.

Articles critiques

Le Centenaire du Journal, Bulletin des Amis d’André Gide, n° 82-83, avril-juillet 1989.

Alblas Anton, «  L'Œuvre instantanée : le Journal de Gide I », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 139, juillet 2003, p. 299-332. 

Alblas Anton, « L'Œuvre instantanée : le Journal de Gide II », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 140, octobre 2003, p. 503-520. 

Alblas Anton, « L'Œuvre instantanée : le Journal de Gide III », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 141, janvier 2004, p. 31-49.

Alblas Anton, « Gide devant son cahier : la pratique », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 142, avril 2004, p. 207-225.

Alblas Anton, « Gide devant son cahier : la pratique (deuxième partie) », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 143-144, avril 2004, p. 287-303.

Alblas Anton, « L'Ecriture des lieux, les lieux de l'écriture », Bulletin des Amis d'André Gide, n° 146, avril 2005, p. 213-230.

Barthes Roland, « Notes sur André Gide et son Journal », Existences, juillet 1942 (repris au tome I des Œuvres complètes, Paris, Le Seuil, 1993 et dans le BAAG, n° 67, juillet 1985, p. 85-105).

Bataille Georges, « Le Journal jusqu’à la mort », Critique, n° 46, 15 mars 1951, p. 212-218.

Bertrand Stéphanie, « L’art de la maxime dans le Journal de Gide. Quelques réflexions », in Sagaert Martine et Schnyder Peter (éds.), Actualités d’André Gide, Paris, Champion, 2012, p. 53-63.

Blanchot Maurice, « Gide et la littérature d’expérience », L’Arche, n° 23, janvier 1947, repris dans Les Critiques de notre temps et Gide, éd. Michel Raimond, Paris, Garnier, 1971.

Castera Christine, Evolution de l'être moral dans le Journal de Gide, mémoire de master en arts, Université McGill, Montréal, mars 1983. Adresse de première mise en ligne ici.

Girard René, « Le Journal dans l’œuvre de Gide », in Marcel Arland et Jean Mouton (éds.), Entretiens sur André Gide, Centre international de Cerisy-la-Salle, Paris, Mouton et Cie, 1967.

Marty Éric, « L’apologie de l’influence. La citation dans le Journal d’André Gide », Revue des sciences humaines, n° 196, 1984, p. 81-92.

Marty Éric, « Du Journal à l’écriture poétique », BAAG, n°s82-83, avril-juillet 1989, p. 175-188.

Marty Éric, « Le Journal de Gide : poésie et vérité », in Claude Jeanet Masson Pierre (éds.), André Gide et l’écriture de soi, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2002, p. 141-151.

Marty Éric, « Genèse et Journal », Bulletin des amis d'André Gide, n° 142, avril 2004, p. 227-231.

Uvenard Victorien, Le Journal chez André Gide, mémoire de première année de master réalisé sous la direction de M. Yves Ouallet, Université du Havre.

Vukuzic Zorica Maja, « Le piano touchant/touché : l'instrument du contretemps chez Gide, le cas du Journal et des Notes sur Chopin », SRAZ (Studia romanica et anglica zagrabiensia), Facultas philosophica Universitatis Studiorum Zagrebiensis, vol. LV, 79-101 (2010), p. 79-101.

 

Partiellement consacrés à Gide 

Coudreuse Anne, « Ça a débuté comme ça : sur quelques débuts de journaux d'écrivain », La Voix du regard, 1998, p.20-30. 

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.