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Vous trouverez en bas de cette page plusieurs ressources critiques en ligne sur cette oeuvre. Elles figurent en couleur.

     Geneviève, ou La Confidence inachevée (1936) est la conclusion non conclusive d’une trilogie « féministe » inaugurée par L’École des femmes (1929) et dont Robert (1930) constitue le volet médian.

     Résumons le livre : André Gide se présente comme l’éditeur du récit de Geneviève, fille d’Éveline, dont on a pu lire le journal dans L’École des femmes, et de Robert, dont on a entendu la voix dans le texte dont il est l’auteur fictif éponyme. Geneviève évoque son enfance, les conflits entre ses parents, son amour inavouable pour sa camarade Sara Keller, fille d’un artiste juif, la ligue pour l’ « Indépendance Féminine » qu’elle a créée avec cette dernière et leur amie Gisèle, mais aussi son projet d’élever seule un enfant qu’elle voudrait avoir d’un ami de la famille, le docteur Marchant – et l’on songe bien sûr ici à Elisabeth Van Rysselberghe.

     Geneviève est un récit que Gide a eu le plus grand mal à mener à bien : son Journal et sa correspondance en témoignent. Dès mars 1930, il songe à donner un « grand roman féministe » (Les Cahiers de la Petite Dame, 9 mars 1930) dont l’héroïne éponyme serait la Geneviève qu’il a déjà mise en scène dans L’École des femmes, qui vient alors de paraître. Quoique les premières pages qu’il rédige ne le satisfassent pas entièrement, et quoiqu’il soit distrait de son récit par nombre de sollicitations, d’ordre politique notamment, Gide continue pendant un certain temps à rêver à un livre « énorme » (c’est l’adjectif qu’il emploie en parlant à la Petite Dame de ce qui deviendra Geneviève,15‑16 mai 1931).

     On sait cependant que l’univers féminin demeura toujours un mystère pour Gide : et, comme le note David H. Walker dans sa notice pour l’édition « Pléiade » du récit, l’écrivain ne parvient pas « à rentrer dans la peau de son héroïne » (p. 1340). Aussi songe-t-il à verser nombre de préoccupations « annexes » dans ce livre dont il voudrait qu’il soit « bien plus hardi [encore] que Corydon » (Les Cahiers de la Petite Dame, 21 octobre 1931) : c’est notamment de son dialogue avec l’URSS qu’il souhaiterait que Geneviève rende compte. Aussi, parmi les modèles de chair auxquels il songe pour son héroïne, y a-t-il Alix Guillain, militante anarchiste puis communiste, dont les positions radicales, certes, ne plaisent pas toujours à Gide, mais qui fut néanmoins pour l’écrivain une interlocutrice importante. Toutefois, introduire le politique dans l’esthétique n’aidera pas Gide, bien au contraire : décidément, sa vocation n’est pas d’être un écrivain engagé.

     La rédaction du livre, donc, piétine : Gide, de temps à autre, retrouve l’inspiration – ou plutôt, il cherche l’inspiration en imposant à son héroïne des embardées psychologiques et métaphysiques qui témoignent avant tout de l’embarras d’un créateur dérouté par une créature qui lui demeure à la fois étrangère (car elle est une femme) et trop familière (car elle fait l’expérience du désir homosexuel). Ce n’est pas le lieu ici de rappeler tous les épisodes de cette rédaction pénible : signalons simplement que les amis de Gide, soucieux de ne pas le laisser publier un récit qui ne fût pas digne de lui, surent jouer leur rôle de garde-fous. Si la Petite Dame est rarement encourageante, Roger Martin du Gard, de son côté, a foi dans la capacité de Gide à terminer ce livre qui lui donne tant de mal. Mais Gide, toujours prêt à donner raison à ses détracteurs plutôt qu’à ceux qui le soutiennent, est plus d’une fois sur le point d’abandonner définitivement le projet. Le texte paraît finalement en 1936, d’abord en deux livraisons dans La Revue de Paris (15 juin et 1er juillet), puis chez Gallimard.

Augustin Voegele

Bibliographie raisonnée

Éditions

Geneviève, ou La Confidence inachevée, édition de David H. Walker, in Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, vol. II, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2009 (texte p. 815-907, notice p. 1338‑1346).

Geneviève, ou La Confidence inachevée, édition critique d'Oliver Andrew, Paris, Minard, 2003.

Dossier de presse

Partiellement disponible en ligne sur gidiana.

Études critiques

Apter Emily S., « Female Impersonations : Gender and Narrative Voice in Gide’s L’École des femmes, Robert and Geneviève », Romanic Review, vol. 77, n° 3, 1986, p. 264-278.

Apter Emily S., « La Nouvelle Nouvelle Héloïse d’André Gide : Geneviève et le féminisme anglais », in Patrick Pollard (éd.), André Gide et l’Angleterre, London, Birkbeck College, 1986, p. 95‑99.

De Domenico Peter F., « Unfinished Business : André Gide’s Geneviève and the Constraints of Socialist Realism », in Tom Conner (éd.), André Gide’s Politics : Rebellion and Ambivalence, New York, Palgrave, 2001, p. 179-203.

Fiat Christophe, « Geneviève, l’antihéroïne d’André Gide », La NRF, n° 595, 2010, p. 65-75.

Halsall Albert W., « Analyse rhétorique d’un discours gidien féministe : L’École des femmes, Robert, Geneviève », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 51, juillet 1981, p. 293-317.

Hutchinson Hilary, « L’École des femmes, Robert et Geneviève : triptyque à thèse ? », Bulletin des Amis d’André Gide, n°s110-111, avril-juillet 1996, p. 191-211.

Lafille Pierre, « Geneviève ou La Nouvelle École des femmes », in André Gide romancier, Paris, Hachette, 1954, p. 289‑307.

Legrand Justine, « La femme, l’autre problème gidien », Bulletin des Amis d’André Gide, n°s 181-182, janvier-avril 2014, p. 97-109.

Nishimura Akie, « L’École des femmes, Robert et Geneviève ou La Confidence inachevée », The Komaba Journal of Area Studies, n° 15, 2011, p. 253-277.

Oliver Andrew, « Gide et le roman engagé : Geneviève ou la revanche de l’écriture », in Alain Goulet et Pierre Masson (éds.), L’Écriture d’André Gide : genèses et spécificités, Paris, Minard, 1998, p. 117-136.

Oliver Andrew, « Un inédit gidien : le chapitre supprimé de Geneviève », Bulletin des Amis d’André Gide, n°s  131‑132, juillet-octobre 2001, p. 551-560.

Pérez Ponce Marsha Malone, La Femme dans l’œuvre d’André Gide, mémoire de master, University of Arizona, 1968.

Segal Naomi, « Gide and the Feminist Voice », in Tom Conner (éd.), André Gide’s Politics : Rebellion and Ambivalence, New York, Palgrave, 2001, p. 205‑228.

Serant Paul, « Le problème du couple et du mariage à travers la vie et l’œuvre de l’auteur », in André Gide, L’École des femmes. Robert. Geneviève, Paris, CAL, 1967.

Sheridan Alan, « Retreat from Moscow, A Sense of Ending : Retour de l’URSS and Geneviève (June 1936-September 1939) », in André Gide : a Life in the Present, Cambridge, Harvard University Press, 1999, p. 492‑537.

Soler Louis, « L’École des femmes, or the Impossible Education », Analysis, n° 19, 2014, p. 203-210.

Taranrak Ratanaporn, « André Gide et les protagonistes adolescents dans La Porte étroite, Les Faux-Monnayeurs et Geneviève », mémoire de master, Chulalongkorn University, 1988.

Tatekawa Nobuko, « Le changement de l’esthétique d’André Gide de 1926 à 1946. Étude de Geneviève et de Thésée », Gallia, n° 31, 1991, p. 313‑321.

Van den Berkhof van Kockenger Christine, Les Personnages féminins dans l’oeuvre romanesque d’André Gide, mémoire de maîtrise, Université McGill, Montréal, 1979.

Van der Poel Ieme, « Voix féministes chez Gide », in Suzanna van Dijk (éd.), (En)jeux de la communication romanesque, Amsterdam, Rodopi, 1994, p. 292‑305.

Waelti-Walters Jennifer, Damned Women : Lesbians in French Novel, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2000, p. 97‑126.

Wittmann Jean-Michel, « De l’individualisme au féminisme : la question de la minorité dans la trilogie de L’École des femmes », in Jean-Michel Wittmann (éd.), Gide ou l’identité en question, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 185-196.

Wolf Nelly, « Un roman mal engagé », dans Proses du monde. Les Enjeux sociaux des styles littéraires, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p.139-148.

Wolfman Yaffa, « Du personnage de la femme dans l’œuvre de Gide », in Naomi Segal (éd.), Le Désir à l’œuvre : André Gide à Cambridge, Amsterdam, Rodopi, 1998, p. 172‑190.

Wynchank Anny, « Conflit et rébellion dans la trilogie d’André Gide », Bulletin des Amis d’André Gide, n° 66, avril 1985, p. 229-234.

Arland Marcel, Bulletin des Amis d'André Gide, n°29, janvier 1976, p. 26-28.

Charpentier John, Thérive André, Bulletin des Amis d'André Gide, n°30, avril 1976, p. 45-48.

Forgeron P., Brunet Gabriel, Truc Gonzague, Bulletin des Amis d'André Gide, n°31, juillet 1976, p. 37-47.

H. F., Bulletin des Amis d'André Gide, n°33, janvier 1977.

Michelfelder Christian, Bulletin des Amis d'André Gide, n°34, avril 1977.

Martineau Henri, Lalou René, Rousseaux André, Billy André, Descaves Lucien, Sabord Noël, Bulletin des Amis d'André Gide, n°37, janvier 1978.

On pourra consulter également le numéro 138 (avril 2003) du Bulletin des Amis d'André Gide, p. 263 et suivantes.

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Bibliographie raisonnée

Trzaskalik Tim, «Où est le masque? Quelques remarques sur Le Grincheux d'André Gide», Bulletin des Amis d'André Gidre, nos 174-175, avril-juillet 2012, p. 220-231.

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