Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
En savoir +

Nous trouver

Centre d’études gidiennes Bureau 49, bâtiment A UFR Arts, lettres et langues Université de Lorraine Île du Saulcy F-57045 Metz cedex 01

Nous écrire

Stephanie Bertrand Jean-Michel Wittmann
En savoir +

L'Agenda Gide

Août 2019
L Ma Me J V S D
1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31

Vous trouverez en bas de cette page plusieurs ressources critiques en ligne sur cette oeuvre. Elles figurent en couleur.

Dès l’adolescence de Gide, et jusqu’à sa mort, Chopin fut pour l’écrivain un compagnon de route : Gide fit du compositeur son alter ego, et conversa sans discontinuer avec lui, afin de mieux comprendre quelles pouvaient être les lignes de force de sa propre esthétique. Cette admiration pour Chopin trouve à s’exprimer à maintes reprises, dans le Journal, dans les lettres, et bien sûr dans les Notes sur Chopin (1931). Pour Gide, Chopin est l’incarnation même de l’artiste, et plus précisément de l’artiste classique. Toutefois, s’il le classe dans la famille des esprits qui révèrent la beauté plutôt que la passion, Gide considère surtout le compositeur comme un artiste incomparable. Seuls deux créateurs peuvent à ses yeux être véritablement rapprochés de Chopin, justement parce qu’eux aussi sont irréductibles : Baudelaire, et lui-même, André Gide. Il aime en effet à associer Baudelaire à Chopin : c’est que, selon lui, ils sont l’un comme l’autre antiwagnériens. En outre, tous deux furent jugés malsains – la mère de Gide interdisant même à son fils la fréquentation des pièces de Chopin. Enfin, Chopin et Baudelaire sont pareillement victimes d’interprètes-virtuoses à qui la délicatesse est étrangère.

La question de l’interprétation de l’œuvre de Chopin est centrale dans la production de Gide musicographe : Gide semble ne faire confiance qu’à sa propre subtilité pour jouer Chopin. Certes, il se souvient avec émotion des quelques œuvres de Chopin qu’il a pu entendre par Anton Rubinstein et par Ignacy Paderewski ; certes, il crédite le Père Abbé du Monte Cassino d’une compréhension profonde (car silencieuse) du compositeur ; et certes, dans les années 1940, il poussera Maurice Ohana à aborder Chopin. Néanmoins, convaincu que des pianistes tels qu’Alfred Cortot ou Arthur Rubinstein passent à côté de ce que les pièces de Chopin ont de plus précieux, Gide n’est pas loin de se rêver en prophète unique de l’esthétique chopinienne.

Aussi bien Gide semble-t-il éprouver la tentation de s’identifier à Chopin. Dès 1894, le nom de Chopin figure dans la liste des personnalités dont Gide estime que s’est formée la sienne. Et l’écrivain se plaît à comparer l’esthétique pianistique qu’il défend quand il joue Chopin à sa poétique scripturale : il dit ainsi pratiquer en littérature le legato, usage pianistique qu’il a appris à maîtriser en travaillant Chopin. À quoi il faut ajouter, au-delà de l’esthétique, une valeur éthique qui apparaît centrale dans le discours que Gide tient à la fois sur l’œuvre de Chopin et sur ses propres livres : l’intimité. Son Chopin, Gide ne parvient que très rarement à le rendre public : il peine à demeurer lui-même, et à rester fidèle à Chopin, dès lors qu’il joue pour un auditoire. Sans doute est-ce que l’artiste, qu’il se nomme Frédéric Chopin, Charles Baudelaire ou André Gide, n’est authentique que tant qu’il se tient « tout à fait près de lui-même » (Journal, 29 septembre 1931), et loin du public.

Augustin Voegele

Pour en savoir plus...

 

Bibliographie raisonnée

ACQUISTO, Joseph, « La musique du désir et de la pureté. Gide face à Chopin et Baudelaire », in Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 157, janvier 2008, p. 19-32.

BOMPAIRE, François, « De la musique à l’ironie, et retour. Interprétation musicale et interprétation textuelle dans l’œuvre d’André Gide », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (dir.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 175‑194.

BRUNEL, Pierre, Aimer Chopin, Paris, Presses Universitaires de France, 1999.

BRUNEL, Pierre, « Gide et Chopin », in Basso continuo. Musique et littérature mêlées, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, p. 87‑99.

FRANCESCHETTI, Giancarlo, « André Gide Esegeta di Chopin », in Aevum, volume 37, numéro 1‑2, janvier-avril 1963, p. 170-186.

HOEGES, Dirk, « Pro Chopin, Contra Wagner : André Gide und die Musik », in Hans T. Siepe et Raimund Theis (dir.), André Gide und Deutschland, Düsseldorf, Droste Verlag, 1992, p. 58-65.

JEAN-AUBRY, Georges, André Gide et la musique, Paris, Éditions de la Revue musicale, 1945.

LEFÉBURE, Yvonne, « André Gide interprète de Chopin », in Contrepoint, numéro 6, 1949, p. 34-42.

MASSON, Pierre, « Les Notes sur Chopin, ou le livre impossible d’André Gide », in Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 166, avril 2010, p. 113‑132.

MASSON, Pierre, « Gide et la musique. De l’impur au pur », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (dir.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 37‑52.

MÉTAYER, Bernard, « Gide et Chopin », in Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 85, janvier 1990, p. 65-92.

MEYLAN, Pierre, « André Gide, pianiste », in Les Écrivains et la musique, volume 2, Lausanne, Éditions du Cervin, 1952, p. 62-78.

MOUTOTE, Daniel, « La Musique », in André Gide : esthétique de la création littéraire, Paris, Champion, 1993, p. 35‑41.

SCHNYDER, Peter, « André Gide et l’harmonie. Comment une catégorie musicale devient une catégorie existentielle », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (dir.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 53-69.

SISTIG, Joachim, André Gide : die Rolle der Musik in Leben und Werk, Essen, Die Blaue Eule, 1994, en particulier p. 193‑206 et p. 401‑430.

SISTIG, Joachim, « La topographie esthétique de l’univers musical gidien », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (dir.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 21-37.

TOUDOIRE-SURLAPIERRE, Frédérique, « “Il y a un Gide intime qu’on ne connaît pas. Coupez.” », in Jean-Michel Wittmann (dir.), Gide ou l’identité en question, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 77-100.

VOEGELE, Augustin, « André Gide et Thomas Mann : se comparer à Chopin pour mieux se recréer », in Nikol Dziub et Florence Fix (dir.), Comparaisons, numéro 1 : « La Comparaison créatrice : interculturalité et intermédialité », 2017, en ligne : https://www.comparaisons.uha.fr/index.php/CCM/article/view/4/3, page consultée le 21 décembre 2017.

VUKUSIC ZORICA, Maja, « “Bez glazbe, život bi bio pogreška” – Chopin kod Gidea, Sartrea, Nietzschea i Barthesa », in Književna smotra, Časopis za svjetsku književnost, numéro 157‑158, 2010, p. 51‑60.

VUKUSIC ZORICA, Maja, « Le piano touchant/touché : l’instrument du contretemps chez Gide, le cas du Journal et des Notes sur Chopin », in Studia romanica et anglica zagrebiensia, numéro 55, 2010, p. 79-102.  

VUKUSIC ZORICA, Maja, « Gide et Chopin – le parfait écrivain devrait être musicien », in Bulletin des Amis d’André Gide, numéro 176, octobre 2012, p. 309-352.

VUKUSIC ZORICA, Maja, « La musique est une “bonne métaphore” : le Chopin de Gide, anti-Wagner et anti-wagnérien », in Nathalie Vincent-Arnaud et Frédéric Sounac (dir.), Figure(s) du musicien. Corps, gestes, instruments en texte, 2017, en ligne : http://www.fabula.org/colloques/document4055.php, page consultée le 21 décembre 2017.

VUKUSIC ZORICA, Maja, « Des Notes sur Chopin à l’opéra. L’angle mort du Journal de Gide », in Greta Komur-Thilloy et Pierre Thilloy (dir.), André Gide ou l’art de la fugue, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 151-171.

WALD LASOWSKI, Aliocha, Le Jeu des ritournelles, Paris, Gallimard, 2017.

WALD LASOWSKI, Roman, « Écriture et piano. GideBarthes, Chopin », in Raphaël Célis (dir.), Littérature et musique, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 2001, p. 161-171.

ZUROWSKA, Joanna, « Gide et Chopin », in Chopin et les Lettres, Varsovie, Centre de civilisation française, 1991, p. 119-125.

 

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.