Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
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   Œdipe paraît dans Commerce en décembre 1930 puis dans La Nouvelle Revue Française en février-mars 1931. Créé par Georges Pitoëff en tournée européenne en décembre 1931 et au Théâtre de l’Avenue le 18 février 1932, le drame en trois actes a conquis trois millions de spectateurs dans les mises en scène de Jean Vilar au Festival d’Avignon (1949) et au Théâtre Marigny (1958).

     La pièce s'ouvre sur un monologue d’inspiration personnelle par lequel le héros millénaire se présente au spectateur. De l’étymologie grecque du nom Œdipe, pieds enflés, Gide déduit le caractère orgueilleux et la boursouflure stylistique du personnage moderne. Le premier acte suit l’intrigue d’Œdipe roi de Sophocle : l’assassinat impuni de l’ancien roi Laïus est la cause de la peste qui afflige Thèbes ; Œdipe maudit publiquement le meurtrier qu’il ignore être.

     Pour la première fois dans la tradition théâtrale, Gide fait entendre, au deuxième acte, des conversations croisées entre les quatre enfants d’Œdipe, espionnés par leur père. Étéocle et Polynice, poète et essayiste tourmentés, ont des pulsions incestueuses vis-à-vis de leurs sœurs tandis que, sous la coupe du prêtre Tirésias, représentant dogmatique de l’Église catholique, la mystique Antigone envisage de devenir vestale. Fier d’avoir vaincu le Sphinx, Œdipe expose à ses fils sa croyance au progrès de l’humanité. Si la pièce est dédiée au marxiste Bernard Groethuysen qui a aidé à sa genèse, le thème humanitaire y est tempéré par l’incarnation ambiguë du peuple, représenté par un Chœur pleutre et versatile.

     Le troisième acte rejoint l’intrigue sophocléenne : à la découverte du parricide et de l’inceste commis par Œdipe, succèdent le suicide de Jocaste, l’énucléation volontaire du héros et son départ en exil, guidé par Antigone. Dans le souci de clore le dénouement sur un symbole positif, Gide y introduit une prophétie de Tirésias qui ouvre sur l’avenir glorieux du personnage, tel qu’il est exposé dans Œdipe à Colone de Sophocle, avec la mort et l’apothéose à Athènes.

   Tandis que la progression dramatique fait passer le personnage éponyme « du bonheur dans l’ignorance, à la connaissance malheureuse » (Journal, 10 septembre 1910) et explore le thème de l’aveuglement – métaphorique et littéral –, les allusions culturelles et les autocitations qui émaillent le dialogue théâtral trahissent la présence ironique de l’auteur. Les premiers projets de titre étaient La Conversion d’Œdipe, puis Le Nouvel Œdipe. Soucieux de souligner l’ancrage autobiographique de sa figure centrale, Gide a ajouté en 1939 à Et nunc manet in te une note explicative qui relie le désespoir dans lequel l’a plongé la destruction de leur correspondance par Madeleine au destin du héros mythique : « Je me comparais à Œdipe lorsqu’il découvre soudain le mensonge sur lequel est édifié son bonheur. » (Journal, 24 novembre 1918).

Clara Debard

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.