Un Centre dédié à la recherche sur André Gide

Le Centre d’Études Gidiennes a vocation à coordonner l'activité scientifique autour de Gide, diffuser les informations relatives aux manifestations gidiennes et à rendre visibles et accessibles les études qui lui sont consacrées.
En savoir +

Nous trouver

Centre d’études gidiennes Bureau 49, bâtiment A UFR Arts, lettres et langues Université de Lorraine Île du Saulcy F-57045 Metz cedex 01

Nous écrire

Stephanie Bertrand Jean-Michel Wittmann
En savoir +

L'Agenda Gide

Février 2019
L Ma Me J V S D
1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28

     Amyntas est un court écrit publié par André Gide en 1906, dans Le Mercure de France. Cette période correspond à de profonds changements dans la vie de l’auteur : la mort de sa mère en 1895, suivie, la même année, par le mariage blanc avec sa cousine Madeleine Rondeux. C’est aussi une période marquée par de nombreux voyages, surtout en Afrique du Nord, en compagnie de son épouse, mais aussi – ou surtout – de ses amis : le peintre Paul-Albert Laurens en 1893, Eugène Rouart et Francis Jammes en 1896, Henry Ghéon en 1900. Ces voyages développent le goût de Gide pour l’exotisme et une perception sensorielle de la nature et de la culture exotiques.

    Amyntas est un texte particulier de Gide : ni biographie, ni fiction, mais des notes (de voyage) où le vécu se mêle à l’imagination du vouloir (vivre). Il s’agit de notes prises de 1896 à 1904, pendant les voyages africains et réunis dans quatre « chapitres » à la fois indépendants et entrelacés : Mopsus, Feuilles de route, De Biskra à Touggourt et Le Renoncement au voyage.

    Bien qu’il s’agisse de notes de voyage, la sincérité et l’immédiateté de la mise en récit sont à questionner : quel est le rapport entre la vérité du vécu et la vérité du décrit ? À ce propos, Gide déclare, dans Le Renoncement au voyage, avoir publié ces notes telles qu’elles avaient été prises, mais la distance temporelle écoulée entre l'époque des voyages et celle de l’énonciation, de même que l'habitude de Gide de mêler dans ses oeuvres autobiographie et fiction, vécu et imagination, invitent à prendre cette déclaration avec prudence.

   Par le titre de l'œuvre, aussi bien que par les thèmes et les images (du moins dans la première partie, Mopsus), Gide choisit de faire allusion aux Bucoliques de Virgile, tout en transposant les sensations provoquées par la nature d'Afrique du Nord, dont il fait l’éloge. En fait, le voyageur Gide est fasciné par la nature africaine, faite de soleil, baignant de chaleur, d’eau et de terre, de sable notamment. Les remarques sur les produits culturels sont par ailleurs tout aussi importantes : les souks, les cafés maures, les caracous, la musique nègre le fascinent.

    Dans Amyntas, Gide n’est pas un vacancier quelconque, exilé dans cette région exotique ; il est un voyageur expérimenté qui éprouve les sensations les plus diverses, non par surprise, mais par choix et recherche d'expériences spécifiques. Ce sont donc des sensations durables, presque raisonnées, qui vont du goût de l’étrange provoqué par le mystère et le charme oriental des rues et des places traditionnelles, à la volupté, évoquée dans un dialogue imaginaire entre Mopsus et Ménalque sur l’extase provoquée par « le vide nuancé du désert », comme en écho à l’extase du repos sur laquelle Gide commence ses notes, au moment où il compare la terre africaine à la belle et paisible terre promise de l’Arcadie virgilienne.   

   Amyntas est à la fois un éloge et un défi au soleil, un soleil qui, au lieu de flétrir, invite à la vie, au tumulte. C’est le cri victorieux de Gide qui a vaincu le soleil – comme Amyntas, le berger des Bucoliques de Virgile a prétendu être l’égal de Phœbus, son maître. 

Diana Lefter

 

Bibliographie raisonnée

Réception d'époque

Gourmont Jean de, Le Mercure de France, 15 août 1906 (disponible en ligne sur gidiana.net).

Lelou René, « Amyntas, livre précieux », « Notes », La Nouvelle Revue Française, 13e année, n° 152, 1er mai 1926, p. 616-617.

Études critiques

Le Boucher Dominique, « Pélégri / Gide, les voix de l’eau », Algérie. Littérature / Action, n° 4005 / Hors série N°009 – « Essai: Dominique LE BOUCHER, D'Aden à Alger… Petites chroniques vagabondes ».

Lefter Diana-Adriana, « L’Afrique, la terre promise d’André Gide. Les voyages africains dans Amyntas. Les sensations du voyageur assimilé », Studii și cercetări filologice. Seria Limbi Romanice, n° 19, 2016, p. 59-69.

Sweet David LeHardy, « The Maghreb and Tangier », in Avant-garde Orientalism, Palgrave Macmillan, Cham, 2017, p. 113-156.

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.