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Journal des Faux-Monnayeurs : ressources en ligne

       Le titre donné par Gide à ce cahier de notes commencé à peu près en même temps que l'écriture du roman des Faux-Monnayeurs, en juin 1919, et publié peu après le roman lui-même, en 1926, ne restitue pas bien sa complexité ni l'hybridité de sa forme. D'un côté, cette œuvre, organisée en deux « cahiers », qui font se succéder chronologiquement une suite de notations esthétiques pour l'essentiel, apparaît bien comme un journal de création (même si l’on note une petite inversion puisque le premier cahier couvre la période de juin 1919 à décembre 1921, tandis que le deuxième débute dès août 1921 pour s’achever en même temps que la rédaction des Faux-Monnayeurs, en juin 1925) ; Gide utilise d'ailleurs exactement le même support d'écriture que pour son journal personnel. De l'autre, les réflexions générales qui s'y déploient apparentent aussi l'œuvre à un essai sur le genre romanesque.

    D'abord conçue par Gide pour son usage personnel, afin de l'aider à organiser ses pensées au moment où il se trouve enlisé dans la rédaction de son premier – et seul – roman, le Journal des Faux-Monnayeurs accompagne en fait l’écrivain durant toute la durée d’écriture des Faux-Monnayeurs. C’est que ce Journal apparaît vite à Gide d’un intérêt capital, qui forme le projet, sinon de le « vers[er] tout entier dans le livre, […] pour la majeure irritation du lecteur » (Journal des Faux-Monnayeurs), du moins d'en faire une œuvre indépendante. Si certains passages seront effectivement repris dans Les Faux-Monnayeurs, placés, le plus souvent, sous la plume d’Édouard ou dans ses propos, d’autres notes n’y trouveront pas leur place, tel cet étrange et long récit de rêve sur Proust consigné à la fin du Journal.

    Le Journal des Faux-Monnayeurs constitue ainsi un document précieux sur la genèse des Faux-Monnayeurs, renseignant le lecteur sur les difficultés rencontrées par le romancier, mais aussi sur les sources de son écriture, Gide ayant pris soin d'adjoindre en appendices quelques articles de presse relatifs aux deux faits-divers repris dans Les Faux-Monnayeurs (le suicide des lycéens et le trafic de fausse monnaie), ainsi que des ébauches de dialogue. Le Journal des Faux-Monnayeurs apparaît aussi et surtout, en dépit de la méfiance et des réticences de Gide vis-à-vis de toute posture théorique, comme une théorie sur le genre romanesque, que l’écrivain aspire précisément à renouveler en profondeur. Il n’est pas loin de s’apparenter, même, à un manifeste esthétique, Gide y affirmant précisément et fermement les principes d’écriture – comme de lecture escomptée – qui gouvernent sa pratique, au-delà de son seul roman (le désir d’inquiéter, la nécessité d’être relu, etc.). « Cahier d’exercices » dédié à un autre romancier de son époque (Jacques de Lacretelle), le Journal des Faux-Monnayeurs témoigne in fine de l’intérêt constant et soutenu de Gide pour l’acte de création lui-même.

Stéphanie Bertrand

Bibliographie raisonnée

Éditions

Journal des Faux-Monnayeurs, in Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, t. 2, éd. David H. Walker, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2009, p. 519-582 (notices et notes p. 1248-1259).

Journal des Faux-Monnayeurs, Paris, Gallimard, coll. L’imaginaire, 1995.

Articles critiques

Lioure Michel, « Le Journal des Faux-Monnayeurs de Gide et la conception du personnage », in Françoise Lioure (éd.), Construction/déconstruction du personnage dans la forme narrative au XXe siècle, Clermont-Ferrand, Association des publications de la faculté des lettres et sciences humaines, 1993, p. 17-37.

Walker David H., « En relisant le Journal des Faux-monnayeurs », in P. Masson et J. Claude (éds.), André Gide et l'écriture de soi, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2002, p. 89-101.

Le site du CEG a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide, avec la participation de l’Association des Amis d’André Gide. Il a été réalisé en partenariat avec Martine Sagaert, responsable du site originel andre-gide.fr, créé en 2006 avec des étudiant.e.s de l'I.U.T. des Métiers du Livre de Bordeaux.